Gaston
Berger (1896-1960)
par Maurice Bayen
Extrait de la Revue
de l’Enseignement Supérieur,
Octobre-Décembre 1960 - n° 4

Au cours des sept années pendant lesquelles j’ai travaillé à son côté,
il m’a souvent demandé de rédiger des notes. A celle-ci, la dernière,
qu’indirectement il me demande, je voudrais donner plus que mes soins,
ma piété. Cette revue est la sienne, et c’est son collaborateur qui va
parler de lui au passé.
G. Berger a souhaité fonder la Revue de l’enseignement supérieur pour
faire connaître mieux, en France et dans le monde, les universités, les
grands établissements, les facultés, les instituts, les écoles, avec leurs
succès, leurs difficultés, leurs problèmes. Il a voulu que ce périodique
constitue une liaison avec l’étranger : largement diffusé, il renseigne
le monde entier sur notre enseignement supérieur, quelquefois sur ses
étudiants, sur son évolution. Il apporte aux Français aussi de précieux
renseignements sur les universités étrangères.
G. Berger appartient à l’histoire comme penseur, comme administrateur,
et comme animateur. Ses amis rassembleront des manuscrits, des lettres,
des notes, et publieront un mémorial ; plus tard, les chercheurs approfondiront
les détails de cette vie. Aujourd’hui, en quelques lignes, sur chacun
de ces termes, il est tout au plus possible d’essayer d’esquisser les
domaines qui ont la plus profonde signification.
Sa carrière a débuté dans l’industrie, et pendant plusieurs années, après
le baccalauréat, il a dû interrompre ses études universitaires. Il ne
cesse pas cependant de se cultiver. En I924, il est licencié ès lettres
et reçoit à cette occasion le prix de Raybaud. En I925, il est diplômé
d’études supérieures de philosophie. Pendant des années, il poursuit ses
tâches industrielles en continuant à lire, à penser, et, sentant l’importance
des sciences pour un philosophe, il suit avec modestie ; à près de quarante
ans, les cours du P. C. B. Surtout, il prépare sous la direction de Le
Senne une thèse sur le Cogito chez Husserl. Il analyse la façon dont Husserl
a essayé de trouver un point central pour contempler le monde. Il apparaît
comme un philosophe contemplatif qui expose d’une manière claire et attrayante
la compréhension de la contemplation. Ce travail très nouveau intéresse
l’Académie des sciences morales et politiques qui le couronne et attire
l’attention des savants sur sa haute personnalité.
Il réalise alors son grand espoir : il enseigne. Dès I946, il est nommé
professeur à titre personnel. Ceux qui les ont entendues parlent encore
avec enthousiasme de ses leçons brillantes.
Sa carrière universitaire est dès lors fulgurante. En 1948, il est visiting
Professor à Buffalo. En 1949, il devient secrétaire général de la Commission
Fullbright et c’est alors la fin de son rôle régulier de professeur, rôle
qu’il regrettera toujours. Ce regret ne sera pas compensé par les occasions,
à lui offertes, d’exposés et de conférences dans le monde entier.
Cette grande carrière administrative qui s’ouvre le prive de la satisfaction
véritable, de la joie du maître : former un disciple.
Il n’aura pas formé de disciple, mais il aura montré tant de chemins,
préparé tant de travaux, que des multitudes d’hommes auront été influencés
par lui.
En 1952, M. Pierre Donzelot l’appelle près de lui pour être son adjoint.
Quelques mois plus tard, M. Pierre Donzelot part pour les États-Unis,
pour cette mission de représentant permanent des universités françaises,
mission qui laissera un grand souvenir aux Américains qui l’ont connu.
M. Gaston Berger est alors chargé de la Direction de l’enseignement supérieur.
Ce directeur de l’enseignement supérieur s’est toujours souvenu qu’il
était professeur et souhaitait le redevenir.
Son but fut toujours de promouvoir des mesures qui aideraient les professeurs
dans leur tâche d’enseignement (qui, par là, seraient propices aux étudiants,
donc à la Nation), et dans leur tâche de recherche, tâches qu’il considérait
toujours comme indissolublement liées l’une à l’autre.
Il lutta sans cesse pour améliorer la situation des recteurs, des doyens,
pour rendre leurs moyens administratifs plus importants, mieux adaptés
aux problèmes divers qui se posent à eux.
Le troisième cycle de l’enseignement scientifique et, plus tard, le troisième
cycle de l’enseignement des lettres et des sciences humaines furent créés
notamment pour faciliter la constitution des groupes de recherches et
pour améliorer l’équipement des laboratoires, par une répartition planifiée
des crédits. Au cours de ces dernières années, on a souvent pressé le
directeur de l’enseignement supérieur de spécialiser les facultés. Le
troisième cycle a marqué sur la carte de France une première étape de
cette spécialisation à laquelle Gaston Berger, malgré tant de pressions,
a toujours conservé une certaine souplesse.
Avant même la création du troisième cycle des facultés des lettres, certains
centres avaient été créés : notamment le Centre médiéval de Poitiers,
le Centre de Tours, le Centre de philologie de Strasbourg...
Gaston Berger avait désiré doter Poitiers du meilleur Institut d’études
médiévales. Il appelait chaque année les spécialistes les plus éminents
pour professer pendant les sessions dans ce cadre au style si propice
à ces entretiens.
De son expérience personnelle de l’industrie, il avait acquis la conviction
que la culture générale est un élément capital pour ceux qui doivent agir
dans les administrations ou les grandes affaires. En 1953, quand il s’installe
rue de Grenelle, les clichés les plus souvent répétés sont : « Il y a
trop d’étudiants en droit, trop d’étudiants en lettres. » Avec juste raison,
il combat la forme brute de cette idée, tout en songeant à la nécessaire
adaptation, à la mise en ordre des connaissances des littéraires et des
juristes. Il crée les centres de préparation à la gestion des affaires.
Il n’ignore pas que, au terme de ses études dans une grande école, un
ingénieur n’est pas tout à fait prêt à rendre d’immédiats services à l’industrie
qui fait appel à lui, et qu’il en sera de même pour les élèves de ces
centres.
Mais ceux-ci, doués de qualités humaines de chefs, seront capables après
quelques mois d’essais d’assumer d’importantes responsabilités.
En 1954, dix ans après la libération, dix ans après une période de misère
technique, d’arrêt total de modernisation de nos usines, en 1954, la France,
qui avait recréé son équipement industriel, et qui prenait de nouveau
un rang remarquable dans la production industrielle, la France s’aperçut
qu’elle ne formait pas assez de scientifiques, pas assez d’ingénieurs.
D’éminentes personnalités, M. Henri Laugier, M. Longchambon, avaient donné
l’alarme. M. Berger prit des mesures pour encourager les études scientifiques.
Augmentation du nombre et du taux des bourses, notamment de troisième
cycle, augmentation générale très importante des crédits de construction,
des crédits de laboratoires, augmentation surtout du nombre des chaires,
des postes de maîtres de conférences, de chefs de travaux, d’assistants.
Pour accroître le nombre de ceux à qui chaque année les universités accordent
des diplômes d’ingénieur, il augmenta d’abord le nombre de places mises
au concours. Les limites de cette mesure apparurent très vite. Malgré
les agrandissements des locaux, les écoles qui voulaient continuer à former
des ingénieurs dans de bonnes conditions ne pouvaient, faute de place,
augmenter considérablement leur recrutement. Soucieux aussi d’éviter les
années de préparation aux concours, et de réduire la durée des études,
G. Berger créa l’Institut national des sciences appliquées de Lyon, immense
et magnifique entreprise qui accueille les élèves après le baccalauréat
et qui leur apprend en quatre années les sciences et les techniques des
ingénieurs.
Le plan était d’observer le fonctionnement de cet institut et de créer
deux autres maisons analogues, l’une à Lille, l’autre à Toulouse, cette
dernière devant comprendre notamment une section d’ingénieurs biologistes.
Entre 1953 et 1960, le nombre des élèves des universités a considérablement
augmenté. M. Gaston Berger appréhendait les facultés surpeuplées en étudiants.
Au-delà d’un certain nombre d’individus, une société devient instable,
les individus malheureux, pensait-il. (Il n’avait jamais été favorable
à cet ensemble lourd que constitue Antony.) Il créa les collèges universitaires,
scientifiques pour la plupart. Les maîtres y sont actuellement souvent
moins bien outillés que dans les facultés, mais ils peuvent y vivre la
vraie·vie du professeur de faculté qui exige l’entretien direct avec l’élève.
Cette augmentation du nombre des étudiants l’exaltait, mais l’inquiétait
aussi, à cause du manque de maîtres. Il ne concevait pas qu’il fût possible
en quelques années de multiplier par 2 ou par 3 le nombre des chaires
ou des maîtrises de conférences. Il était sur ce point en conflit amical
avec M. Donzelot. Aussi cherchait-il à imaginer d’autres procédés et à
profiter de toutes les techniques modernes : magnétophones, cinéma, radio,
télévision. Sa pensée était en harmonie avec celle de Henri Laugier qui,
dans ses conférences, dans ses articles, a si souvent attiré l’attention
des pouvoirs publics sur les immenses ressources que peuvent donner à
l’Université le cinéma, la radio, la télévision.
Lors de son dernier voyage aux Etats-Unis, au printemps 1960, il avait
étudié les chaînes de télévision universitaires réalisées par les Américains,
notamment par l’utilisation d’émetteur sur hélicoptère.
Son grand désir était de créer une université où l’enseignement par radio
et par télévision eût été conjugué avec l’enseignement par correspondance,
et avec le concours de professeurs itinérants qui rencontreraient périodiquement
des élèves.
Toutes les méthodes modernes l’intéressaient. Il avait soutenu la création
de films de physiologie destinés à suppléer les travaux pratiques difficiles
à faire exécuter à de trop nombreux élèves. Il s’était réjoui de l’installation
de la télévision dans le grand amphithéâtre de la Faculté de médecine
de Paris ; il avait été tenté par les méthodes automatiques de correction
de copies. Ensemble, nous avions essayé d’orienter les constructeurs de
machines pour obtenir des possibilités plus souples que celles actuellement
utilisées.
Lorsqu’une entreprise lourde financièrement ou par ses possibles conséquences
lui était proposée, il se renseignait longuement, cherchait les meilleurs
avis avant de se décider. Ainsi furent résolus les problèmes de l’accélérateur
linéaire d’Orsay et de la station de radioastronomie de Nançay, par exemple.
Ainsi durèrent longtemps les études sur la réforme de la licence ès sciences.
Il avait un grand respect pour les universités : les opinions des conseils
de facultés, des conseils d’universités étaient toujours fondamentaux
pour lui, et s’il lui est arrivé de presser les conseils de donner leur
avis, c’était que des circonstances extérieures l’y obligeaient : il aimait
l’innovation, mais non l’aventure.
J’ai cité ici quelques-unes seulement de ses préoccupations et de ses
réalisations d’administrateur.
Tous ceux qui l’ont connu parlent de son charme, de son urbanité, de son
calme. Il avait une maîtrise incomparable dans l’art de présider les commissions,
faisant naître la discussion, la maintenant toujours à un niveau assez
élevé, sachant écarter la stérilité, obtenant des avis, et ramassant en
un raccourci de quelques phrases l’ensemble des opinions exprimées par
les uns et par les autres pendant plusieurs heures, choisissant enfin
l’opinion qui lui paraissait la plus juste.
Ce charme rayonnait dans ses conférences, ses improvisations.
Il était un homme de paix, il détestait les inutiles batailles, mais il
avait du courage et savait défendre les droits de ceux qui dépendaient
de sa direction. Un de mes amis, Recteur, qui vient après plusieurs années
de se voir donner raison dans un conflit qui l’avait opposé à une autorité
extérieure, me rappelait combien il avait été réconforté du soutien courageux
que lui avait accordé G. Berger quand ses difficultés avaient commencé.
Mais en général, au lieu de se faire donner raison par un arbitre, il
préférait convaincre son partenaire. L’élégance de ses méthodes était
toujours parfaite.
Il était en cela un grand ambassadeur de l’Université comme de la France.
Il dut à cela et à ses qualités d’animateur, de créateur, d’être appelé
à la présidence de tant de compagnies.
Il est Président fondateur de la Société d’études philosophiques de Marseille
en I926, Président de la Société des amis de Maurice Blondel, Président
de l’Institut international de philosophie, Président du Comité directeur
de l’Encyclopédie française, Président de la Commission nationale française
de l’Unesco.
Dans cette dernière charge, il avait succédé, il y a quelques années,
à Paul Rivet. Aux nombreux problèmes posés à l’Unesco, il apportait toujours
d’originales solutions. Je n’en veux citer qu’un exemple. A la dernière
conférence générale de l’Unesco, du mois de novembre, se posait le problème
de la lutte contre l’analphabétisme dans le monde. Certains suggéraient
une vaste conférence qui aurait réuni des représentants de tous les pays
du monde. Gaston Berger savait le peu de productivité de ces immenses
réunions. Il avait l’intention de proposer la création d’un institut de
formation de maîtres où seraient étudiées particulièrement les méthodes
audiovisuelles pour l’enseignement de la lecture et surtout l’étude de
l’utilisation des techniques nouvelles pour diffuser la culture. Il songeait
notamment à l’utilisation des satellites artificiels comme relais.
Il comptait de très nombreux amis en Amérique. La fondation Ford avait
une grande confiance en lui et suivait ses projets avec attention, prête
à les soutenir. Le grand projet de la Maison des sciences de l’Homme,
notamment, avait retenu l’attention des Américains.
La Chine l’avait toujours intéressé, il espérait visiter ce grand pays
cette année, il apprenait cette langue difficile dont les idéogrammes
le passionnaient.
Les Affaires étrangères l’avaient prié d’étudier le projet d’université
européenne qui avait été envisagé par les Six. Il avait signalé le danger
et l’inutilité d’une université dont le fronton aurait porté la marque
« Europe» et qui aurait organisé les mêmes cours, attribué les mêmes diplômes
qu’une université nationale. Il avait donc proposé une université d’études
avancées qui aurait d’abord donné quelques cours spécialisés.
J’ai parlé de son courage civique. Son courage physique n’était pas moindre.
Le 30 septembre 1914, à dix-sept ans, il s’engage. Il fait cinq ans de
campagne. Il reçoit la Croix de guerre, la Croix de combattant volontaire,
la Médaille d’Orient.
Pendant la dernière guerre, il sert d’abord comme capitaine de réserve,
puis, le temps de la résistance venu, il accepte l’organisation des services
d’information dans la région sud-est.
Il reçoit la médaille de la Résistance.
Nous avons évoqué les nombreuses organisations qu’il animait. L’une des
plus importantes fut sans doute l’Encyclopédie. Due à l’initiative de
M. de Monzie, cette oeuvre gigantesque, à l’organisation de laquelle présidait
Lucien Febvre, avait publié onze volumes. M. G. Berger accepta de poursuivre
cette tâche.
Le vingtième volume terminé, M. G. Berger estimait que cette oeuvre était
accomplie. Il pensait aussi qu’une encyclopédie nationale n’était plus
en harmonie avec l’indispensable collaboration scientifique internationale
qui s’étendra de plus en plus et qui a trouvé déjà de fertiles institutions
dans le monde : le Centre d’études et de recherches nucléaires à Genève,
l’Institute for Advanced Studies à Princeton, l’Institut des hautes études
scientifiques de Paris.
Il avait compris cette même nécessité pour nos universités et, souhaitant
permettre à nos étudiants d’entendre de grands spécialistes étrangers,
non seulement au cours d’une ou deux conférences, mais pendant une ou
deux années, il avait créé ces postes de professeurs associés qui offrent
à des maîtres étrangers, à titre provisoire, les mêmes droits qu’aux maîtres
français. Il accordait aussi avec facilité les autorisations d’absence
nécessaires à nos professeurs pour aller enseigner dans le monde entier.
Il avait donc le projet d’une encyclopédie internationale dont chaque
chapitre serait rédigé par l’un des hommes les plus qualifiés du monde
entier. Des traducteurs de grand talent établiraient les textes dans les
principales langues. Ainsi serait situé en notre temps le degré de la
connaissance universelle.
J’ai voulu évoquer cette activité dans la dernière partie de cette note,
car ce projet à peine ébauché est une tâche qu’il a laissée à ses amis
de l’Encyclopédie, comme il a laissé à la brillante équipe de Prospective
cet exaltant travail scientifique de la « réflexion sur l’avenir, de la
description de ses structures les plus générales, de l’élaboration d’une
méthode applicable à notre monde en accélération ».
Il était commandeur de la Légion d’honneur. Il avait été élu à l’Académie
des sciences morales et politiques en 1955, comme successeur de son maître
M. Le Senne. Cette marque d’estime de cette illustre compagnie lui était
très chère ; la pensée de poursuivre la route de son maître lui fut un
permanent encouragement.
Pendant longtemps il suivit les travaux de l’Institut avec beaucoup de
continuité. Au cours des dernières années de sa vie, il ne cessa de lutter
contre le temps, cherchant à trouver des quarts d’heure dans la journée
pour faire face aux sollicitations. Mais lorsque des obligations le retenaient
éloigné le lundi, il regrettait toujours son absence : il aimait les séances
du quai Conti : il y retrouvait ces entretiens totalement désintéressés,
de haute culture.
Ce penseur aux soucis profonds, qui avait accepté des charges administratives
dans les circonstances les plus difficiles, conservait toujours une certaine
gaieté, un sourire accueillant, compréhensif ou encourageant. Il gardait
une extrême simplicité, et lorsqu’un problème humain se posait, dont la
solution pouvait provoquer quelque souffrance, il méditait longtemps avant
de se décider. Il était toujours humain pour les autres. Peut-être ne
l’a-t-il pas été suffisamment pour lui.
Tous les domaines de l’esprit attiraient sa curiosité. Il avait appris
les méthodes astrologiques. Ses calculs lui avaient donné son horoscope
; il savait qu’il mourrait de mort violente et publique. En 1949, avant
de partir pour l’Amérique du Sud en avion, il avait écrit un testament.
Mme Berger m’a fait l’honneur de me le communiquer. On y retrouve son
amour pour sa famille, son désir de l’harmonie entre ceux qui l’avaient
entouré.
« Je voudrais qu’on dise à mes amis, à la Société de Philosophie, à
l’Académie, que ce que j’ai pu faire dans la vie ne l’a été que grâce
à eux. Ils m’ont soutenu, appuyé, défendu, ils m’ont aimé enfin plus que
je ne le méritais. Je ne veux citer ici personne, puisque je ne puis les
citer tous. Que chacun sache du moins qu’il a eu dans mon cœur une place
particulière qui, sans rien enlever aux autres, lui appartenait en propre.
Je ne regretterai de la vie terrestre ni la puissance, qui est méprisable,
ni les plaisirs, qui sont fragiles. Je ne puis m’empêcher de songer avec
regret aux êtres. Il n’y a sur terre que deux choses précieuses : la Première,
c’est l’amour. La seconde, bien loin derrière, c’est l’intelligence. Amour
et intelligence ne se séparent d’ailleurs pas à qui en entend bien le
sens. En dehors de cela, il n’y a rien.
Dans le règne inconnu auquel j’appartiendrai quand vous lirez ces lignes,
je voudrais encore pouvoir vous aimer.
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