Prospective de la mondialisation

 

EDITORIAUX 2004
Avril 2004
Prospective de la mondialisation

Aujourd’hui, sur la planète, plus d’un milliard de personnes vivent dans des conditions plus ou moins comparables à celles des Européens et, si l’on en juge d’après ce qui se passe en Asie et en Amérique du Sud, voire en Afrique du Nord et du Sud, elles seront plus nombreuses encore dans cinq ans, dans dix ans.

Un milliard de personnes qui, au-delà des cultures régionales, partagent une vision du monde dont les valeurs sont le travail, la responsabilité, l’éducation ; nourrissent les mêmes espoirs de développer leurs activités et préparer l’avenir de leurs enfants ; ont vis-à-vis des affaires publiques la même capacité de se comporter non en sujets ou en spectateurs mais en acteurs. Un milliard de personnes, c’est, en prospective, une masse critique, à partir de laquelle on voit déjà s’étendre rapidement une vie internationale en réseau, portée par le développement des échanges commerciaux et culturels, les entreprises et Internet.

Un milliard de personnes, ce n’est pas tout le monde. Et il ne faut pas oublier la multitude des exclus et le risque d’aggravation des inégalités. Par ailleurs se répand un modèle culturel unique, venu de l’univers anglo-saxon, qui semble fasciner tous les jeunes.

Mais cette forme de mondialisation propose aussi bien des raisons d’espérer : elle affranchit de la pauvreté des populations considérables, avec une efficacité que les politiques publiques sont loin d’égaler. Elle favorise le droit des personnes à disposer d’elles-mêmes. Elle fait obstacle à la diffusion des maux propres aux sociétés fermées (xénophobie, préjugés de toute sorte). Elle mêle les communautés. Elle a besoin, pour se consolider, de l’égalité entre les hommes et les femmes. Enfin, face aux risques de violence politique, elle est un stabilisateur social ; rendant les sociétés plus complexes, plus interdépendantes, elle en renforce les défenses naturelles.

Cette transformation porte des enjeux de civilisation. Pour autant, elle ne résout pas tout : les problèmes d’environnement, par exemple, sont d’une autre nature. Elle n’intervient guère dans l’élaboration des régulations nouvelles que requiert la vie internationale. Mais elle suggère pour demain d’immenses et passionnants chantiers. Et aux approches macro des institutions elle ajoute les pratiques des gens, par les échanges, par l’emploi, par les cultures.

Nous autres Européens, qui avons tant contribué à cette évolution, sommes exposés au danger d’en être écartés de notre fait. Tentés d’un côté de nous engager dans cette nouvelle aventure collective, nous résistons de l’autre, par crainte de perdre des acquis dont nous ne mesurons pas la fragilité. Notre pusillanimité, nos fausses certitudes, notre manque de vision prospective font resurgir la pauvreté et le chômage. Déjà distancés, en termes de revenus individuels, par l’Amérique du Nord, ne le soyons pas dans cinq ou dix ans par l’Asie !

Armand Braun

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