Prospective : la famille, version XXIe siècle

EDITORIAUX 2012

Avril 2012

Prospective : la famille, version XXIe siècle

Chaque époque porte sur la vie son propre regard. Ainsi, en matière de solidarité entre les personnes. Le XXe siècle a multiplié des dispositifs de solidarité nationale dans le cadre de la Sécurité Sociale. Celle-ci est profondément enracinée dans une société qui n’a pourtant plus rien à voir avec ce qu’elle était. La situation des jeunes, l’affaiblissement de la société française en face de la crise montrent que la Sécurité Sociale est désormais en porte-à-faux vis-à-vis de besoins majeurs.

Depuis qu’elle existe, la Sécurité Sociale s’est certes développée et perfectionnée, mais personne ne l’a jamais invitée à se transformer pour évoluer avec les attentes sociales. Elle survit grâce à de lourds prélèvements sociaux dont l’accoutumance fait oublier le caractère scandaleux. Espérer qu’elle puisse maintenant se réformer pour s’adapter aux conditions du XXIe siècle est une illusion. Les formes de la solidarité matérielle entre les personnes doivent être réinventées.

L’approche comparative en Europe est éclairante. Dans bien des pays, la réflexion ne semble pas plus avancée qu’en France. Mais en Italie, où le système public est également en péril, où les conséquences de sa défaillance sont encore plus visibles que chez nous (par exemple, 37% des jeunes Italiens de sexe masculin de 30 ans vivent chez leurs parents car ils n’ont pas les moyens de faire autrement), quelque chose se passe.

Dans l’épreuve, la société italienne a pris la relève des organismes publics. C’est au sein des familles qu’on vient en aide à ceux qui en ont besoin. Ainsi, à leur manière, elles mettent en œuvre le projet d’associations de solidarité familiale que, depuis longtemps, nous essayons de promouvoir sans être entendus. Grâce à cette solidarité familiale, le tissu social italien ne s’est pas déchiré et les conditions d’un retour à meilleure fortune sont préservées.

Cependant, les Italiens restent attentifs à la solidarité nationale, qui ne doit plus être confondue avec les problèmes de gestion que connaissent des mécanismes publics de redistribution vieillis. Ainsi, nos voisins souscrivent généreusement à l’emprunt obligataire lancé par l’Etat auprès des particuliers suite à un précédent initié à Bologne par la société civile.

La nécessité de découpler la solidarité entre les personnes de la destinée de dispositifs en crise est une évidence qui n’a pas encore franchi les Alpes. Quand envisagerons-nous la solidarité nationale en des termes qui ne seront plus ceux de nos arrière grands-parents ? Quand comprendrons-nous que la cohésion sociale est un sujet trop crucial pour être laissé à ceux qui en font métier ? Quand, poursuivant l’œuvre de Pierre Laroque au lendemain de la deuxième Guerre mondiale, refonderons-nous la Sécurité Sociale ? Quand nous interrogerons-nous sur ce que peut signifier dans ce domaine la référence de l’avenir ?

Armand Braun

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