La prospective, le CRC et l’enseignement : a-t-il existé une politique d’ensemble ?

RECHERCHE PROSPECTIVE : BIBLIOTHEQUE

La prospective, le CRC et l’enseignement :
a-t-il existé une politique d’ensemble ?

par A. Marchais-Roubelat & F. Roubelat

Recherche sur le rôle de Gaston Berger
dans la création de réseaux de réflexion et de formation

octobre 2002

L’étude du contexte dans lequel s’est développée la prospective au milieu des années 50 est source de surprises et d’interrogations sur la création par Gaston Berger non seulement du Centre International de Prospective, véritable réseau de chefs d’entreprises, de haut fonctionnaires et d’universitaires, mais aussi d’instituts de formation, comme les IAE (Institut d’Administration des Entreprises), ou les INSA (Institut National des Sciences Appliquées), dont la vocation de transversalité n’est pas sans point commun avec la prospective.

Le décor de l’action qui nous intéresse semble se planter dès 1953 avec la création du Centre de Recherches et d’Etudes des Chefs d’Entreprise (CRC), à l’initiative de Georges Villiers, Président du CNPF. Ce dernier « veut convaincre son entourage de la nécessité d’entreprendre une formation des chefs d’entreprise. Cette initiative lui a été suggérée par son conseiller, le Docteur André Gros, Président de la Société Internationale des Conseillers de Synthèse » (A. Braun, le CRC, septembre 2001, Institut de l’entreprise). Une première équipe de conseillers est constituée par « André Gros et Jean Darcet, qui vont l’un et l’autre se consacrer aussi, aux côtés de Gaston Berger, au Centre International de Prospective ».

Gaston Berger, qui a été lui-même chef d’entreprise, est membre actif du CRC. Il est également agrégé de philosophie et occupe alors les fonctions de Directeur Général des Enseignements Supérieurs au Ministère de l’Education. A ce titre, il apparaît à l’origine de la création des IPA en 1955, qui ont pour vocation de former des futurs dirigeants à la gestion, conçue essentiellement comme un ensemble d’enseignements transversaux. Ces IPA deviendront ensuite les IAE. Enfin, Gaston Berger est également présenté comme ayant participé à la fondation des INSA, qui ont pour vocation à la fois le développement d’une culture scientifique et technique et le développement de la créativité des élèves ingénieurs qu’elle recrute.

A partir de ces éléments émerge une question : y a-t-il eu une vision d’ensemble par un petit groupe d’hommes dans la création au milieu des années 50 d’une série de réseaux (institutionnels, d’enseignement, corporatifs…) servant un objectif commun ? Il faudrait pour y répondre pouvoir recenser les réseaux créés après guerre pour créer des traverses entre des disciplines et des pratiques auparavant dissociées. Il faudrait aussi connaître les hommes qui y ont participé et la façon dont ils y ont contribué, comme par exemple les premiers directeurs d’IAE tels les professeurs Tabatoni et Goetz. On pourra alors mieux connaître le rôle de Gaston Berger et celui des autres acteurs, voire étudier les autres réseaux d’enseignements et/ou de réflexion auxquels le projet prospectif de Gaston Berger aurait pu donner naissance.

Afin de compléter et de vérifier ou d’infirmer les données initiales, nous serions heureux de pouvoir disposer d’informations complémentaires (témoignages d’acteurs, archives) pour nous aider à répondre à ces interrogations. Au-delà de l’intérêt historique, il s’agira également de s’intéresser aux conditions d’émergence de réseaux de réflexion et de formation et aux leçons que l’on peut en tirer pour les réseaux actuels.

Anne MARCHAIS-ROUBELAT, marchrou@cnam.fr
Fabrice ROUBELAT, roubelat@cnam.fr

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