EDITORIAUX
2003
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Juillet
2003
La prospective, un combat
Traiter
de l'avenir n'a vraiment de sens que si sa préparation requiert un effort.
Ainsi, lorsqu'il s'agit de lutter pour des idées contre d'autres idées,
pour un pro-jet et contre la force des choses. C'est la raison d'être
de la prospective.
Lutter contre la force des choses ? Le 11 septembre a rendu cette préoccupa-tion
plus acceptable, notamment en démontrant qu'une manière de conjurer les
risques est de chercher à les identifier très tôt.
SLutter pour des idées devient essentiel en un temps de transformations
où, d'un côté, nous percevons bien la nécessité des innovations à introduire
et, de l'autre, nous savons que les démarches courantes - stratégie, réforme
- ne sont pas faites pour cela.
On le voit dans ces entreprises, si nombreuses, qui s'interrogent sur
leur avenir alors même qu'elles se portent bien. Elles savent que leurs
activités actuelles peuvent ne pas être pérennes et s'inquiètent de manquer
de relais de croissan-ce. C'est aussi le cas de collectivités publiques
responsables d'enjeux essen-tiels, dont elles se demandent comment assumer
l'avenir.
Mais lutter pour des idées, c'est s'exposer à bien des problèmes et les
dangers sont proportionnels à l'ambition : Galilée ou Spinoza, parmi bien
d'autres, en ont fait l'expérience. Lutter pour des idées, c'est parfois
devenir l'instrument de modes, de passions ou d'idéologies.
Elaborer des projets suffisamment forts pour, à partir d'une idée, façonner
des configurations véritablement prospectives, tel est l'enjeu. Encore
faut-il savoir que l'on devra se soumettre à trois épreuves.
Première épreuve : travailler. On trouvera sous la rubrique "Rencontres"
une recension de l'ouvrage de Claude Thélot, L'origine des génies.
On y voit bien qu'il n'y a pas d'idée réellement neuve sans un travail
intense, sans la pratique et l'expérimentation. C'est seulement à l'épreuve
approfondie et diverse du réel que l'imagination peut devenir fertile
: alors jaillira l'euréka d'Archimède, signature de l'apparition d'une
synthèse. Tant il est vrai qu'une idée nouvelle ne surgit que dans un
esprit préparé. A défaut, ce sont les "demi-lumières", objet de notre
citation du mois, qui l'emportent.
Deuxième épreuve : rechercher le souhaitable. L'élaboration de configurations
prospectives, qui mettent en forme l'innovation - expression de l'esprit
de création - suppose du temps, de la réflexion, de l'étude et de l'échange.
Il y faut aussi un certain entraînement mental à la synthèse, ne pas s'inquiéter
d'être seul de son avis, ne pas se laisser séduire par de fausses innovations
(exemple : le terminal 1 de l'aéroport Charles De Gaulle à Roissy, caduc
aujourd'hui en raison de sa forme circulaire, à l'époque si moderne).
En l'absence d'une vision, on ne peut faire autre chose, tout en colmatant
les brèches de réforme en réforme, de tactique en stratégie, que d'attendre
et espérer.
Troisième épreuve : trouver et tracer le chemin vers le souhaitable. C'est-à-dire
faire preuve de persistance, malgré l'indifférence et l'incompréhension,
malgré la difficulté à plaider des projets de longue portée alors que
l'habitude n'admet que la navigation à vue ; toujours rester disponible
vis-à-vis de l'inattendu. Deux exemples classiques de la construction
du souhaitable : Joseph, les vaches grasses et les vaches maigres ; Colbert
qui plantait des chênes pour bâtir des vaisseaux cinquante ans plus tard.
Car le prospectiviste, dont on réduit souvent le rôle à celui d'observateur
ou de veilleur, doit être d'abord et surtout un acteur du changement d'époque.
Armand
Braun
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