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Prospective
de la citoyenneté en France
M.
Jean-Paul Delevoye, médiateur de la République,
déclarait récemment au Monde : « je
perçois une société qui se fragmente, où le
chacun pour soi remplace l’envie de vivre ensemble, où l’on
devient de plus en plus consommateur de République plutôt
que citoyen. » Il remarquait le profond désarroi
d’une grande partie de la population, la pauvreté qui
se répand, l’absence d’espérance collective.
Nous
ne pouvons qu’adhérer à cette analyse. Mais nous
nous permettons de présenter notre propre interprétation
de ce qui se passe.
Nous
sommes plongés dans le changement du monde, qui trop longtemps
ne donnait lieu qu’à des invocations dont nul ne comprenait
le sens profond. Comme il advient périodiquement, une
fois par siècle en moyenne, nous devons repenser, réinventer,
toutes les formes d’organisation collective. Mais pour la première
fois dans un contexte planétaire et discontinu.
Envisageons
les politiques publiques, de l’agriculture au travail, en passant
par le développement régional, l’éducation,
le logement, la redistribution, la santé, la sécurité sociale…
Autant de facettes d’un même enjeu de modernisation. Elles
sont toutes en phase terminale, au-delà de tout espoir
de réforme, maintenues sous perfusion par la dette publique,
justifiées par une mythique croyance dans le retour du
statu quo ante. La plupart des dispositifs obsolètes et
coûteux des lendemains de la seconde Guerre mondiale n’ont
jamais été revisités, les formatages mentaux
et blocages réglementaires qui en découlent restent
bien en place. Comment nos concitoyens pourraient-ils subir cette
situation autrement que dans l’accablement ?
Le
plus remarquable, c’est qu’aucune fatalité ne plane sur
nous, for l’absence d’imagination et la pusillanimité.
Illustrer une telle affirmation est toujours délicat,
nous le ferons pourtant, en choisissant le sujet de l’éducation
secondaire : qu’il s’agisse des budgets, des programmes, de la
situation des établissements, du recrutement des enseignants…
la désagrégation ne cesse de se poursuivre ; le
seul élément positif qui demeure est la volonté de
réussir des élèves, en dépit de l’ennui
que leur inspirent le collège et le lycée.
Nul
ne s’occupe de repenser les formes d’organisation. La dimension
prospective des grandes questions actuelles n’a tout simplement
pas de place dans la réflexion des responsables et des élus,
quel que soit leur bord (à quoi bon la légitimité si
elle ne prend pas en charge sa responsabilité essentielle
?). Il serait pourtant bien nécessaire d’associer les
Français, dont on méconnaît la maturité, à l’élaboration
d’une nouvelle génération de projets et de chantiers
fondés sur la référence de l’avenir. Il
y a tant à faire ! Au lendemain de la guerre, nos prédécesseurs
en avaient conscience. Aujourd'hui, la situation est la même,
nos ressources sont bien plus importantes, mais tout se passe
comme si nous ne voulions pas savoir. Et pourtant il n’y a pas
d’autre moyen de dissiper la morosité, de nous remettre
en phase avec un temps que nous n’accompagnons plus.
Comme
l’a montré l’ouvrage célèbre de Jared Diamond
(Collapse, écrit en 2005 et traduit en 2006 sous le titre
français : Effondrement. Comment les sociétés
décident de leur disparition ou de leur survie),
les sociétés humaines sont périodiquement
confrontées à l’alternative entre vivre et mourir.
La plupart ont choisi la mort, pour des raisons comparables aux
nôtres aujourd’hui. Quelques-unes ont choisi la vie. Ce
qui a fait la différence : le courage de dire et d’entreprendre
le vrai.
Armand
Braun
La prospective, c'est l'art d'explorer le champ
des possibles
qu'ouvre sans cesse l'avenir
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