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Pourquoi
et comment les Associations de solidarité familiale
Apprécié des
Français, techniquement performant, notre système
de protection sociale est exposé à un ensemble
de périls (démographique, financier, d’emploi…)
que les réformes, aussi pertinentes et courageuses soient-elles,
ne suffiront pas à conjurer.
Il
est urgent d’agir pour préserver le modèle français
de protection sociale en créant les circonstances qui
l’aideront à se transformer sans trahir sa vocation. Cet
exercice, fréquemment pratiqué dans d’autres domaines,
ne l’a pas été dans celui-ci, malgré tous
les progrès accomplis, depuis l’œuvre de Pierre Laroque,
fondateur de la Sécurité sociale, il y a une soixantaine
d’années. L’approche consiste à associer aux missions
de protection sociale le vaste et complexe tissu des familles.
1° -
De quoi s’agit-il ?
L’Association
(loi de 1901) est créée par des membres d’une famille,
pour eux-mêmes et leurs descendants, vivants et à naître.
Elle l’est, bien entendu, sur une base volontaire, selon une
approche ouverte de la famille. Chaque membre de la famille ne
peut participer qu’à une seule association, mais plusieurs
associations peuvent être créées au sein
d’une même famille. Des personnes qui n’ont pas de lien
de sang mais sont en affinité - par exemple, un ami sans
famille - peuvent être conviées à s’y rattacher,
acceptant, de ce fait, de participer aux droits et aux devoirs
des membres de l’association.
Les
objectifs poursuivis (plusieurs, de préférence)
peuvent être l’assistance à des membres du groupe
familial en difficulté (longue maladie, dépendance,
invalidité, chômage et autres accidents de la vie…),
la préparation d’investissements humains (formation, poursuite
des études...), éventuellement des initiatives
de précaution face à des aléas (naturels
ou autres). Cette liste est indicative, révisable périodiquement
sous conditions. Les allocations sont occasionnelles ou temporaires.
Le
moyen : constituer une épargne solidaire, non pré affectée.
Au-delà d’une cotisation annuelle symbolique, les ressources
réunies viennent de ceux des membres qui en ont les moyens
et le souhaitent, sans préoccupation d’égalité entre
les contributions. Des versements successifs sont possibles,
voire nécessaires, au fil du temps. Bien entendu, les
droits et devoirs de tous les membres de l’association sont équivalents.
Les
Associations de solidarité familiale, complémentaires
des dispositifs nationaux, sont conçues pour répondre
spécifiquement aux besoins des familles qui ne disposent
pas de moyens importants, en leur donnant la possibilité de
regrouper et faire fructifier des sommes modestes et de pouvoir
ainsi réaliser ce que chaque membre individuellement n’aurait
pas pu faire.
Un
Conseil familial choisit les bénéficiaires des
prestations, toujours de manière ponctuelle et pour une
durée limitée, dans le respect de statuts et d’un
règlement intérieur définis initialement.
Un
membre élu et bénévole du Conseil familial
administre les ressources, sous le contrôle du Conseil,
seul ou avec l’aide d’un organisme spécialisé,
banque ou compagnie d’assurance.
Le
dispositif financier et juridique est spécifique des associations
: la constitution progressive d’un capital indivis, à fond
perdu, dont les intérêts ont vocation à être
utilisés pour servir des allocations ; mais ni l’objet
spécifique de ces dernières, ni la personnalité de
l’attributaire ne sont prédéterminés. Une
structure de prévoyance solidaire, au sein d’un groupe
résolu à rester indivis. Et qui, sauf circonstances
extraordinaires, n’a pas vocation à mourir (les associations
ne peuvent réussir que si elles jouent le long terme)
mais pourra évoluer par « division cellulaire ».
Les
Associations de solidarité familiale se regroupent librement
dans le cadre d’une ou plusieurs fédérations, dont
le rôle est d’élaborer des statuts et règlements
types, d’apporter un conseil à chaque association pour
sa gestion (éventuellement ses litiges internes, médiation,
par exemple quand il y a conflit pour l’attribution des ressources…),
de veiller aux questions éthiques et déontologiques,
d’assurer l’interface collective avec les Pouvoirs publics et
le système de protection sociale (entre autres, pour prévenir
des abus possibles, en fixant un plafond révisable aux
versements).
Leur
création reste subordonnée à une condition
fiscale : la reconnaissance du caractère d’intérêt
général afin de bénéficier du traitement
des dons et libéralités.
2° -
Pourquoi il est possible et nécessaire de mettre en
place les Associations de solidarité familiale
C’est
possible, car les Français détiennent des ressources
patrimoniales considérables.
D’après
l’INSEE, le patrimoine détenu par les familles – 8 200
milliards d’euros – représente plus de 5 années
de produit intérieur brut de la France. Ce patrimoine
est largement diffus. L’épargne française représente
environ 2 500 milliards d’euros, de l’ordre de 10 ans du budget
de l’Etat.
Les
Français sont prêts à investir une partie
de cette richesse pour la protection sociale de leurs proches
dans le cadre d’Associations de solidarité familiale.
C’est
nécessaire, car responsabiliser les familles entraînerait
de nombreux effets vertueux.
Les
familles aspirent à devenir acteurs de plein exercice
sur la scène sociale pour une variété de
raisons : des soucis prioritaires ; une manière d’assurer
la circulation des ressources entre générations
(allongement de la durée de la vie) ; un cadre pratique
et opérationnel pour la solidarité, l’égalité,
l’accueil de l’imprévu, qui peuvent connaître demain
bien des nouvelles déclinaisons ; la prise en compte croissante
de considérations éthiques.
Les
familles se renforcent en tant que lieu central où est
entretenu le lien social, où se retrouvent le « je » et
le « nous », où la mémoire, la transmission,
la solidarité sont cultivées dans la longue durée.
Lorsque
la Sécurité sociale a été créée,
dans les années qui ont suivi la deuxième Guerre
mondiale, la culture dominante appelait les grands systèmes
et acceptait, entre ces systèmes et les personnes, des
relations individualisées et bureaucratiques. Aujourd’hui,
il en va tout autrement : la dominante culturelle est symbolisée
par l’univers associatif, la décentralisation des responsabilités,
l’appui aux petits groupes ; la responsabilisation et la confiance
sont partout présentes.
Les
Associations de solidarité familiale sont la traduction
de cette culture moderne, un essai de rapprochement entre les
institutions et les citoyens.
Trois
raisons de bien accueillir cette approche
Une
issue là où aujourd'hui il n’en existe pas :
le système de protection sociale constitue le système
nerveux de la société française. Les réformes
engagées sont excellentes mais ne sont pas à la
mesure des enjeux d’aujourd'hui et de demain. Les alternatives
que l’on a pu proposer (modèles étrangers, assurances,
report de l’âge de la retraite, rôle accru des
employeurs…) sont, à un titre ou à un autre,
peu réalistes et sous dimensionnées.
L’enjeu
macro-économique : faire des dépenses de
protection sociale des Français un investissement productif,
et non une dette sociale de l’Etat ; une manière de
convertir en création de capital des dépenses
de protection sociale qui, en termes de comptabilité nationale,
sont une dépense dans le contexte actuel.
La
solidarité : on ne retrouve pas dans la pratique
actuelle du système de protection sociale, sauf au sommet,
dans un cadre institutionnel, l’esprit du temps : la culture
associative, la décentralisation, le souci d’articuler
la solidarité institutionnelle avec des solidarités
de proximité.
3° -
Quelques-unes parmi les nombreuses questions qu’il faudra traiter
L’égalité
Jean-Baptiste
de Foucauld a bien montré que l’organisation actuelle
de notre système de protection sociale ne nous protège
plus contre les inégalités, voire qu’il en crée
parfois de nouvelles. Il encourage l’exploration de voies nouvelles.
Les
Associations de solidarité familiale sont l’une d’elles.
Elles sont avant tout conçues pour ceux qui sont trop
pauvres pour disposer déjà d’autres moyens et prendre
l’initiative d’en créer. Par exemple, parmi toutes les
formes de la pauvreté, on peut penser à celle des
jeunes, victimes de l’impossibilité actuelle de créer
des systèmes familiaux de prévoyance sociale. Des
solutions peuvent être trouvées (mécénat…)
pour les nombreuses familles qui ne seraient pas du tout en mesure
de jeter les bases financières d’une Association de solidarité familiale.
En
cas de problèmes au sein de la famille…
La
zizanie n’est pas rare, mais elle n’est pas la règle ;
et la gestion solidaire de projets vitaux d’intérêt
commun renforce la solidarité. La rupture est fréquente,
mais elle n’est pas le cas général. Il y a en France
77 % de familles classiques, 15 % de familles monoparentales,
7 % de familles recomposées. En cas de rupture, l’association
peut être un moyen de préserver les intérêts
fondamentaux qui restent solidaires (les enfants). A défaut,
en cas de liquidation, les actifs peuvent être attribués à d’autres
associations, à l’initiative d’une fédération
d’associations.
L’organisation
des relations entre les acteurs de la solidarité institutionnelle
et les acteurs des solidarités de proximité.
Des
réseaux d’Associations de solidarité familiale
enracineraient le système de protection sociale dans la
société. Ils lui apporteraient ainsi, en relation
avec cette culture de l’association et de la décentralisation évoquée
plus haut, une légitimité « d’en bas »,
auprès des gens.
Ils
auraient vocation à exercer, vis-à-vis des institutions
de la solidarité nationale, un rôle d’alliés,
de partenaires.
Ils
permettraient aux institutions nationales d’élargir le
champ de leurs interventions, les Associations exerçant
des actions complémentaires, réparatrices, expérimentales.
Conclusion
Les
Associations de solidarité familiale sont un projet pour
le long terme et pour le très court terme.
Le
long terme, car leur montée en puissance sera nécessairement
lente, parce qu’il faudra du temps pour capitaliser les intérêts,
parce qu’il faudra aussi du temps pour que la force du concept
soit reconnue.
Le
très court terme, d’abord parce que, dès le départ,
des services qui font défaut aujourd’hui pourraient être
rendus (par exemple, une association pourrait se porter caution
pour la location d’un logement par l’un de ses membres).
Le
très court terme surtout parce que les Associations de
solidarité familiale apporteraient un espoir, un commencement
de réponse à tous ceux qui, s’inquiétant
de l’avenir du système de protection sociale, sont dans
l’attente de nouvelles approches en termes de sécurité des
personnes, d’équité, de justice, de responsabilisation
(cette inquiétude n’est pas propre à la France,
si nous pouvions, dans ce domaine, opérer une percée,
il y a bien des raisons de penser que d’autres pays européens
nous suivraient).
L’obstacle,
aujourd’hui, est fiscal. Il appartiendrait au Parlement de décréter
le caractère d’intérêt général
des Associations de solidarité familiale. Elles bénéficieraient
ainsi du régime fiscal (déductibilités,
gestion non lucrative…) qui est déjà celui d’autres
associations.
La
prochaine étape devrait associer la vision longue et l’initiative
immédiate. Cette dernière pourrait revêtir
deux formes complémentaires : des expérimentations,
par exemple au niveau de régions ; l’approfondissement
des aspects juridiques nouveaux qu’exige l’innovation sociale
que sont les Associations de solidarité familiale.
Armand
Braun - avril 2006
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