Prospective de Paris : naissance d’un nouveau concept organisateur

EDITORIAUX 2004
Octobre 2004
Prospective de Paris :
naissance d’un nouveau concept organisateur

La révision actuellement engagée du Schéma Directeur de la Région Ile-de-France (SDRIF) est l’occasion d’évaluer la situation de Paris, en termes de prospective.

Ne l’oublions pas, Paris a mille ans. L’histoire politique de la capitale est mieux connue que celle de la vie des gens. Cependant, il existe suffisamment de littérature pour que nous sachions ce qu’il en était. La description fameuse de la Cour des miracles dans Notre-Dame de Paris, de Victor Hugo n’était pas de la fiction. Les gouvernants se sont, à toutes les époques, préoccupés d’assainir et d’embellir ce paysage urbain.

Sans remonter à l’Empereur Julien, depuis le XIIIe siècle de Philippe Auguste jusqu’au XVIIIe siècle, ils ont adapté Paris en utilisant les mêmes méthodes. L’agrandir, en reculant les murs d’enceinte aussi longtemps que ceux-ci sont restés nécessaires, puis en s’en débarrassant, en absorbant les uns après les autres les villages environnants. L’aménager, en créant des espaces pour l’échange : les actuelles place des Vosges, place Vendôme, place de la Concorde et en en gagnant de nouveaux, comme les Champs Elysées ou, grâce à Alphand, ces lieux de respiration et de loisir que sont le bois de Boulogne et le bois de Vincennes. Dans l’élimination de l’habitat insalubre, Haussmann a eu de nombreux prédécesseurs et successeurs ; son œuvre le plus important est d’avoir imposé le premier plan d’aménagement de l’habitat et de la circulation à Paris ; la construction du métro par Bienvenüe participe de la même intention. La période récente a ajouté une dimension nouvelle, le développement des communications, depuis le chemin de fer des frères Pereire jusqu’aux réalisations du XXe siècle – routes, transport urbain, aéroports, infrastructures de télécommunications… –, pour l’essentiel depuis l’époque De Gaulle-Delouvrier. Et une autre encore se déploie depuis une à deux décennies, accompagnant cette rupture majeure que représente l’apparition de la société de l’information et de la communication.

Pourquoi rupture majeure ? Parce que Paris mène désormais une triple vie : la vie de proximité des habitants dans leurs quartiers ; la vie de capitale de la France et de métropole européenne ; la vie de pôle majeur dans un univers intégré par les grands réseaux mondiaux.

Aujourd’hui, ces trois réalités tendent à diverger. Les attentes de solidarité et de proximité trouvent des réponses insuffisantes. La dimension nationale et européenne est discutée par les autres régions. Le facteur mondial imprime une marque chaque jour plus forte, mais découplée de la vie de la population. Des tensions s’installent, avec pour expression majeure cet étrange phénomène de migration du centre vers la périphérie, du Paris historique vers la petite et la grande couronne, qui conjugue l’exil vers la périphérie lointaine de populations modestes qui ne trouvent pas à se loger ailleurs avec le déplacement des entreprises, qui désertent le centre parce que la vie leur y devient difficile.

A celui qui s’interroge, la prévision apporte simplement pour réponse la poursuite des évolutions connues. Il doit se tourner vers la prospective, c’est-à-dire, par l’observation du réel dans toutes ses dimensions, chercher à identifier ce qui surgit pour, qu’il s’agisse de l’accueillir ou de le refuser, se porter à son devant.

La prospective lui fera apparaître une donnée méconnue, un surgissement et un combat.

La donnée méconnue porte sur la réalité de Paris, qui est aujourd’hui, bien au-delà du Paris historique, une agglomération de près de 12 millions de personnes.

Le surgissement, ce sont de nouvelles formes de la vie locale, de nouvelles réponses aux besoins de proximité et de solidarité, un saut quantitatif et qualitatif dans les moyens des communes, avec les communautés d’agglomérations.

Le combat, c’est la présence continuée de Paris parmi les pôles mondiaux qui, dans leur coopération concurrentielle, gèrent les flux de biens et de services, de connaissances et de ressources financières, de plus en plus les flux de compétences, et dont les pôles régionaux, aussi importants soient-ils, ne sont que des déclinaisons.

Le nouveau concept organisateur pour Paris vu d’avion vers lequel les faits semblent converger a déjà un dessin : en étroite articulation, issues du suffrage universel, des communautés d’agglomérations et une entité de la métropole. Les premières pour démultiplier l’efficacité de l’initiative des communes dans les domaines de l’aménagement et de la solidarité, notamment. La seconde pour prendre en charge l’image de Paris, l’accès aux marchés, notamment pour l’investissement, la mise en œuvre de la nouvelle génération de projets (équipement, culture, économie…). Ensemble, pour fédérer les acteurs autour de la prise en charge des évolutions.

Ce concept n’est le projet de personne. Il ne s’inscrit ni dans l’organisation politique ni dans les vues d’avenir de la Région Ile-de-France, des Départements ou de la Ville de Paris. Il n’est pas d’actualité.

Mais, peut-être révélateur d’adaptations institutionnelles futures sur lesquelles il est utile d’attirer l’attention des élus et des responsables, il s’affirme par son propre mouvement, conséquence et expression des phénomènes profonds qui, sous le calme de la surface, semblent à l’œuvre à Paris et en Ile-de-France.

Armand Braun

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