Métropoles et périphéries : prévision ou prospective ?

EDITORIAUX 2009

Mai 2009
Métropoles et périphéries : prévision ou prospective ?

Le monde entier est désormais organisé en centres urbains, chacun entouré de sa périphérie. Malgré les problèmes qui en ont résulté, d’immenses progrès ont ainsi été accomplis en termes de niveau d’organisation, création de richesses et d’emplois, infrastructures… La métropole constitue bien le cadre premier de la modernité : l’aire à l’intérieur de laquelle chacun peut se former, travailler, élever ses enfants, être dans la vie… L’homme moderne est devenu un urbain, son avenir est inséparable de celui de la ville.

Mais la crise économique vient tout bouleverser. Il reste possible que d’ici à quelques mois nos tourments actuels soient terminés. C’est évidemment ce qu’il faut souhaiter. Mais si tel n’était pas le cas ?

L’hypothèse d’une crise prolongée entraînerait de très nombreuses conséquences néfastes et, parmi elles, la mise en danger des grandes villes et de leurs périphéries : appauvrissement des centres, comme on le voit déjà à Paris ou à New York, et, en périphérie principalement, multiplication des territoires repliés sur eux-mêmes car sous-équipés et mal reliés. Moindre mobilité, voire enfermement sur des territoires restreints… déplacements moins nombreux, réseaux et moyens de communication moins bien entretenus, les uns saturés, les autres sous-employés… Explosion des problèmes de sécurité. Les actifs iraient, dans la mesure du possible, habiter plus près de leur lieu de travail, les chômeurs resteraient sur place pour ne pas dépenser, les entreprises migreraient pour réduire leurs charges immobilières et fiscales…

Ce scénario est très aléatoire, mais certains signes – par exemple, le fait qu’en banlieue les centres commerciaux sont à peu près seuls à être encore des lieux de vie – montrent qu’il n’est pas inconcevable. De bons esprits pourraient, pour des raisons valables associées au développement durable, encourager sa réalisation.

Anticiper c’est-à-dire prolonger les courbes, extrapoler les tendances et les idées du moment, scruter l’horizon à la recherche de signaux, en se confinant prudemment dans l’avenir proche ne servirait pas à grand-chose. Se jeter à corps perdu dans l’utopie, non plus.

Alors, que faire ? La question de l’avenir des grandes villes est vraiment affaire de prospective. L’enjeu de la prospective n’est pas de prévoir, il est d’identifier et de rendre possibles les actions à conduire. Il est, en l’espèce, de s’opposer à la force des choses qui menace l’habitat humain. De prendre du recul vis-à-vis de ce postulat qui réconcilie tout le monde : investir plus de ressources publiques. C’est un réflexe dont nous devons faire notre deuil. De prendre aussi du recul vis-à-vis d’approches qui privilégient le rôle d’urbanistes et d’architectes, alors que, l’Histoire le montre, en région parisienne, la créativité dans ce domaine ne vient jamais d’eux ; elle vient de dirigeants politiques comme Henri IV , de hauts fonctionnaires comme Haussmann ou Delouvrier, d’ingénieurs comme Bienvenüe…

Le vrai problème n’est pas celui de la métropole, mais des personnes qui y résident et plus particulièrement de cette catégorie qui deviendra toujours moins nombreuse et dont la motivation sera toujours critique : les jeunes. A nos yeux, une politique imaginative en matière de métropolisation se donnerait pour axe principal l’insertion professionnelle des jeunes. Oui, nous sommes au cœur du sujet de la ville. Ce qu’il faut viser, c’est une région habitée par des jeunes qui seraient tous compétents et responsables. Tous, c’est nécessaire et possible. Compétents : beaucoup d’entreprises sont prêtes à aider des jeunes à acquérir sur le terrain et avec les outils modernes une qualification réelle. Responsables : on pourrait ouvrir à leur profit les différents monopoles publics (transports publics, par exemple…) qui aujourd’hui sont avant tout conçus pour servir de boucliers sociaux pour des vieux.

Il serait dommage que, par conformisme, ignorance, pauvreté d’imagination, nous nous abandonnions à la désintégration de la vie sociale que peut provoquer la crise. Il est de notre responsabilité d’en tirer parti pour élever, en y associant ceux qui ne le sont pas aujourd’hui (les jeunes et les pauvres…), la qualité de notre contribution à la civilisation moderne.

Armand Braun

Print Friendly, PDF & Email