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Pourquoi
Prospective.fr ?
• Promouvoir la démarche
prospective.
• Plaider des projets prospectifs :
› les Associations de solidarité familiale, moyen d’une
réforme durable du système
français de protection
sociale,
› Paris, 10 millions d’habitants : concrétiser l’unité et
la cohérence de l’agglomération
parisienne,
› le transport public en Ile-de-France : réconcilier, dans
le développement, logique des
organisations et besoins des
personnes.
• Mettre
en valeur des faits d’actualité pour leur signification
prospective.

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La
citation
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Le
clin d'oeil
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« Ce
serait formidable si je pouvais vous dire aujourd’hui
que j’ai un plan. Je ne peux pas encore. »
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« Je
passe tout mon temps libre sur Internet ; il n’y a nulle
part ailleurs où aller. »
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Sidney
Harman, créateur des enceintes acoustiques Harman-Kardon,
qui vient, à
plus de 92 ans, de racheter
le magazine
américain Newsweek |
|
Li
Yufei, 18 ans, étudiant à Shanghai |

La prospective, c'est l'art d'explorer le champ
des possibles
qu'ouvre sans cesse l'avenir
>>> Impressions
de mon Tour de France
>>> L’autre
moitié du ciel
>>> Autistes
et informaticiens
>>> La
clinique des bébés sur mesure
>>> Le
point de vue des décroissants
>>> Trompez-vous,
l’erreur fait progresser !
>>> Généticiens
autodidactes
>>> Changement
culturel au Japon
>>> Donner
le goût de la lecture aux enfants
>>> Marché du
travail : où est le sexe faible ?
Impressions
de mon Tour de France
Pendant
les vacances, je me suis promené en France. Que notre
pays est beau en été !
Mais
j’ai ressenti un terrible contraste entre régions. Certaines
sont actives, modernes, entreprenantes. D’autres procurent une
impression de vide. Ici, des problèmes certes (le chômage),
mais la vitalité, l’ouverture sur le monde. Là la
pauvreté, l’oubli, la fuite ou la résignation de
jeunes de moins en moins nombreux. Ici, j’ai croisé beaucoup
de belles voitures – y compris des Porsche et Maserati, plus
nombreuses que je ne l’aurais anticipé – là, j’ai
compté onze vieilles 2 CV retapées.
Ce
tableau n’est pas nouveau. Beaucoup de régions ne se sont
toujours pas remises de l’exode rural de la fin du XIXe siècle,
des saignées occasionnées par les guerres, plus
récemment de la désindustrialisation. Mais nous
nous y étions habitués, nous avons depuis longtemps
jeté des ponts sur les failles : les finances publiques
avaient pris en compte la coexistence d’une France productive
et d’une France qui ne l’était pas, de nouvelles formes
de complémentarité se sont même mises en
place, les régions pauvres accueillant personnes âgées
et maisons de campagne.
Les
circonstances actuelles viennent tout bouleverser et les failles
vont continuer de s’élargir : les transferts financiers
publics et privés qui faisaient vivre ces régions
disparues de la carte de France des investisseurs vont encore
diminuer, le vieillissement encore précipiter ses effets,
l’exclusion dont elles souffrent déjà vis-à-vis
des formes avancées de la modernité encore s’aggraver.
La capacité de l’Etat à lisser les difficultés
n’est déjà plus ce qu’elle était. Il n’y
a même pas d’ennemi à accuser !
Comment,
dans ces conditions nouvelles, peuvent évoluer les relations
entre ces deux groupes de territoires ? La question va se poser.
Les habitants, voire les élus, n’en ont aujourd’hui pas
conscience. Que se passera-t-il quand ils comprendront ? Et quels
effets reportés un peu plus tard, dans un contexte mondial
qui ne cesse de s’assombrir ? Nier, ne pas agir sous prétexte
de faire confiance à l’avenir serait perdre du temps alors
que se profile un vrai risque de « détricotage » du
tissu territorial de la Nation.
Que
faire, qui a la capacité de faire, comment faire…ce ne
sont que quelques-uns des aspects à considérer.
Les incantations sur la nécessité d’innover ne
pourront pas tenir lieu d’action. Il faut travailler, imaginer,
expérimenter, toutes choses qui, dans l’urgence, ne sont
pas faciles. Et il ne m’appartient pas d’apporter des réponses.
Mais il s’agit par excellence – et dans l’urgence - d’une question
de prospective.
Si
nous savons nous libérer des schémas habituels,
nous trouverons des solutions. Je donne pour exemple d’une démarche
hier encore inconcevable ce qui se passe à Marseille,
où le financement de la rénovation du Stade Vélodrome
a été obtenu parce que le nom d’une marque commerciale
lui sera désormais associé. C’est la pratique nouvelle
du naming.
Quelles
initiatives pour redonner de l’attractivité aux régions
en péril ? Serait-il concevable qu’elles importent de
l’esprit d’entreprise ? Qu’elles découplent l’autonomie
politique et culturelle de l’autonomie économique et sociale
? Que, moyennant des contreparties, des régions riches
négocient des alliances, voire fusionnent avec des voisines
pauvres ? Que des départements proches de régions
développées s’intègrent à celles-ci
? Alors que dans des pays voisins bien d’autres régions
vont connaître les mêmes problèmes, quelles
formes de coopération concevoir ?
Toutes
ces régions font partie intégrante de notre histoire,
de la communauté nationale, de la société européenne.
Il ne peut y avoir d’avenir que solidaire. Les régions
en péril recèlent probablement des ressources qu’il
faut aujourd'hui éveiller. Car, comme l’écrivait
Hannah Arendt, «les hommes ne sont pas nés pour
mourir mais pour innover ».
Armand
Braun
L’autre
moitié du ciel
Un
proverbe indien dit : « Elever une fille, c’est comme
arroser le jardin de son voisin. » C’est une perte
de temps et d’argent que de nourrir une fillette dans une
famille déjà percluse de pauvreté. Disparues,
mutilées, droguées, mortes de malnutrition
et de manque de soins avant l’âge d’un an, ou encore,
adolescentes se résignant à mourir de mélancolie
ou du sida plutôt que de survivre dans les bordels
de Chine et d’Inde… manquent à l’appel cent millions
de femmes de par le monde, selon le Prix Nobel d’économie
Amartya Sen.
« La
femme est l’autre moitié du ciel », dit une
vieille sentence chinoise. Or, c’est en Chine justement et
chez ses voisins de l’Asie orientale que cette moitié céleste
disparaît le plus sur la liste des états civils
du monde ! Cette disparition cosmique se passe au vu et au
su de l’ONU et de la planète médiatique comme
si là était un trou noir de l’espace qu’aucune
lumière ne peut pénétrer.
Depuis
l’arrivée de l’échographie, des millions de
femmes en Asie avortent lorsqu’elles savent qu’elles vont
mettre au monde un enfant de sexe féminin. Eliminées
par le seul fait chromosomique qu’elles possèdent
un double X infamant, des millions de futures femmes ne verront
pas le jour. Peut-on appeler cela un gynécide ?
Les
misères, intellectuelle et sociale, ne sont pas seules
en cause. Les extrémistes musulmans clouent au pilori,
lapident et brûlent des centaines de jeunes femmes.
Ainsi, au Pakistan, durant ces dix dernières années,
dans les villes jumelles d’Islamabad et de Rawalpindi, cinq
mille femmes et filles jugées coupables de désobéissance
ont été immolées par les membres de
leur propre famille. Benazir Bhutto y fut assassinée.
Taslima Nasreen (Bangladesh) et Shirin Ebadi (Iran), Prix
Nobel de la paix, vivent en exil. Elle est longue la liste
des exactions commises envers l’autre moitié du ciel
: esclavage moderne en Asie, au Moyen-Orient comme en Occident,
femmes battues (une morte tous les deux jours rien qu’en
France), discrimination à l’embauche…
Même
si elles occupent nombre de places visibles sur nos écrans
télé, les femmes ne meurent pas en premier
lieu d’être femmes, elles souffrent, dans des mondes
moins lumineux, de n’être que des ombres, des doublures,
des êtres de second rang. « La femme est l’avenir
de l’homme », a chanté Aragon. Seule une longue
marche de l’humanité pourra parvenir, un jour peut-être, à faire
coïncider Réel et Poésie.
Yves
Simon, romancier et auteur-compositeur –
Le Monde – 20 juin 2010
Nicholas Kristof et Sheryl WuDunn – La moitié du ciel, éd.
Les Arènes
Autistes
et informaticiens
Une
jeune femme atteinte du syndrome d’Asperger, une forme
d’autisme, Susan Conza, a créé une petite
société d’informatique, Asperger Informatik,
employant des informaticiens atteints du même syndrome.
Ces personnes sont particulièrement bien adaptées
au monde digital. « Nous ne sommes pas une institution
sociale, insiste-t-elle, mais une véritable entreprise.
Actuellement, notre plus grand projet est la réalisation
d’un portail pour lnvest Suisse, un courtier en assurances. »
« Le
plus important pour nos employés est d’avoir un
environnement très stable et des tâches
bien déterminées. Ils travaillent ensuite
avec assiduité, patience et grande exactitude.
Et, surtout, nous sommes incapables de mentir ! »
Elle
ajoute : « J’ai un cerveau d’adulte mais, émotionnellement,
je suis comme un enfant de 5 ans. Nous comprenons mal
le langage corporel, les sous-entendus et les métaphores.
L’ambiguïté nous déstabilise : tout
doit être clair : vrai ou faux. L’émergence
d’Internet nous aide beaucoup, nous sommes bien plus à l’aise
pour communiquer par e-mail que par téléphone. »
Les
Aspies utilisent les forums en ligne et le web pour étancher
une soif de connaissance, souvent compulsive. « Nous
sommes très bien adaptés au monde digital
et je me suis déjà demandé si nous
ne représentions pas une nouvelle étape
dans l’évolution de l’espèce humaine ».
Cette perception du monde très binaire et objective
rappelle d’ailleurs fortement les ordinateurs, qui ne
travaillent qu’avec des 0 et des 1.
Daniel
Saraga, L’Hebdo, Lausanne –
repris par Courrier International – 8 au 14 juillet 2010
La
clinique des bébés sur mesure
Aux
Etats-Unis, le diagnostic génétique des
embryons réalisé à l’occasion d’une
FIV est légal, quelles que soient les motivations
des futurs parents. Comme beaucoup de ses collègues
américains, le docteur Steinberg effectue systématiquement
un diagnostic sur les embryons avant de les implanter,
afin d’éliminer ceux qui sont porteurs d’une maladie
génétique identifiable. Puis le laboratoire
procède à un second type de test : le tri
entre les embryons masculins et féminins.
Le
docteur Steinberg a le sentiment de répondre à une
demande universelle – et intemporelle : « Le rêve
de choisir le sexe des enfants habite l’humanité depuis
le fond des âges. Des fresques peintes par les
hommes des cavernes suggèrent qu’ils se livraient à des
cérémonies magiques pour avoir des enfants
mâles ou femelles. »
Si,
par exemple, la patiente veut une fille, seuls les embryons
féminins lui seront implantés. L’ensemble
de l’intervention – extraction des ovocytes, fécondation,
diagnostic et implantation – coûte 18 400 dollars.
Quand on y ajoute les auscultations, les analyses, le
suivi et le traitement hormonal, le prix total dépasse
les 25 000 dollars. Si aucun embryon du sexe désiré n’est
viable, il faudra tout recommencer. Si en revanche le
labo a réussi à féconder un surplus
d’embryons du sexe désiré, ils seront congelés
: au cas où la première grossesse échoue,
il suffira de répéter la dernière
phase du processus, pour un surcoût de 3 000 dollars.
Le taux de réussite est de 70 % à la première
tentative et de 90 % au bout de deux essais : « C’est
supérieur à la moyenne des autres cliniques
de FIV mais ce n’est pas parce que nous sommes meilleurs.
C’est simplement parce que nos patientes ne souffrent
pas de stérilité. »
En
France, le diagnostic préimplantatoire (DPI) est
autorisé depuis 1994 pour les familles touchées
par une maladie génétique particulièrement
grave incurable (mucoviscidose, chorée de Huntington,
hémophilie...). 200 à 300 familles en bénéficient
chaque année dans les trois centres français
agréés (Paris, Strasbourg, Montpellier).
Les lois françaises de bioéthique doivent être
révisées avant fin 2010. Dans ce cadre,
le Comité consultatif national d’éthique
a estimé que les textes actuels en la matière
fournissaient « un cadre juridique globalement
satisfaisant » et propose que le DPI s’applique
aussi à la trisomie 21.
L’Autriche,
l’Allemagne, l’Italie et la Suisse interdisent le DPI,
mais la plupart des pays occidentaux l’autorisent. Israël
est, avec les Etats-Unis, le seul pays occidental autorisant
le choix du sexe de l’enfant par DPI –à condition
que le couple ait déjà donné naissance à quatre
enfants du même sexe.
Yves
Eudes – Le Monde magazine – 31 juillet 2010
Le
point de vue des décroissants
D’après
un sondage Ifop Sud-Ouest de novembre 2009, 27 %
des Français seraient prêts à restreindre
de façon significative leur consommation.
Les « décroissants » en ont fait
un mode de vie.
Ils
consomment localement et le moins possible de produits
emballés, fabriquent eux-mêmes leur
lessive et leur savon, réduisent au minimum
leurs déchets, récupèrent l’eau
des bains pour les toilettes, s’habillent dans les
dépôts-vente et se meublent chez Emmaüs.
Ils refusent les jeux électroniques, ont un
seul téléphone portable pour toute
la famille, préfèrent le vélo à la
voiture, privilégient les panneaux solaires
quand ils le peuvent, maintiennent le chauffage à 19°C
et superposent les pulls quand il fait froid. Leur
consommation de viande se limite au week-end. Ils
partent en vacances dans des accueils paysans et,
dans leur jardin, il y a un potager. Mais ils ont
l’électricité et Internet.
Quel
impact ont aujourd’hui les idées pro-décroissance
en France ? Même ceux qui en sont proches ont
du mal à le dire. Le monde décroissant,
comme beaucoup de petits mondes, est divisé en
tendances et la violence des échanges y prend
des allures d’excommunication. Deux tendances se
complètent et parfois s’opposent : ceux qui
s’en tiennent à un changement personnel et
individuel ; ceux qui prônent un mouvement
plus radical et pensent qu’une vraie révolution
est nécessaire.
Pour
certains, la crise est une opportunité ; pour
d’autres, elle peut provoquer des crispations et
des phénomènes de peur. Décroître,
mais jusqu’où ? Quid des pays pauvres ? Peut-on
sans indécence demander à un paysan
burkinabé de réduire sa consommation
?
« Ce
qui importe, c’est de rompre avec le totalitarisme
de la croissance. Il faut un projet de société plus
libre et qui barde l’idée de qualificatifs
rassurants. La décroissance ne s’applique
bien sûr qu’aux pays de l’OCDE. Mais il faut
que tous, y compris les pays émergents, comprennent
qu’ils n’atteindront jamais le niveau de vie occidental.
C’est déjà trop tard. »
Hubert
Prolongeau – Le Monde Magazine – 17 juillet 2010
Trompez-vous,
l’erreur fait progresser !
Un
festival sur l’erreur s’est déroulé du
21 au 24 juillet à l’Ecole normale supérieure.
L’erreur a mauvaise réputation. Qui n’éprouve
un sentiment de gêne, d’échec, voire
de honte ou de culpabilité, quand il se trompe
? En classe, c’est encore mal vu. Les camarades,
mais aussi les enseignants, peuvent avoir la dent
dure pour celui ou celle qui a levé la main
pour fournir une réponse erronée. Or
des découvertes essentielles sont souvent
le fruit de raisonnements fondés sur une hypothèse
jugée totalement farfelue aux yeux des autres,
voire sur une maladresse.
Ainsi,
la pénicilline a été découverte
par Alexander Fleming grâce à une contamination
accidentelle de culture de bactéries, des
staphylocoques, par un champignon microscopique,
le Pénicillium notatum, utilisé dans
un laboratoire voisin. Avant de jeter ses cultures
contaminées, Fleming a eu la curiosité de
les observer et a constaté que les staphylocoques
ne se développaient pas à proximité du
champignon.
Le
premier vaccin de laboratoire serait dû, lui
aussi, à une bévue. Louis Pasteur,
qui travaillait, en 1879, sur le choléra des
poules avait, par erreur, inoculé de vieilles
cultures de germes oubliées qui n'étaient
plus virulentes. Constatant leur inefficacité à déclencher
la maladie, il aurait rectifié en inoculant,
cette fois-ci, des cultures fraîches et virulentes.
Surprise, les gallinacés étaient protégés.
« Quelqu’un
qui se contenterait de ne croire qu’à des
choses dont on a vérifié l’exactitude,
et donc à ne pas faire d’hypothèses,
ne peut pas faire de recherche, explique Etienne
Klein, physicien au Commissariat à l’énergie
atomique (CEA). La vérité scientifique
n’est pas immédiatement accessible. Elle ne
se donne pas par l’observation, ni non plus par la
culture livresque. Il faut aller chercher ces lois
impossibles qui ne se manifestent pas à nous.
Il faut tâtonner, faire des hypothèses
qui vont se révéler fausses, et l’erreur
fait intrinsèquement partie de cette recherche. »
L’objectif
de l’erreur, c’est d’éveiller l’esprit critique,
de questionner l’évidence. Girolamo Ramunni,
professeur d’histoire des sciences et techniques
au Conservatoire national des Arts et métiers
(CNAM) déplore que, dans les écoles,
on ne donne jamais de problème qui n’ait pas
de solution. « Or ce qu’on fait dans la vie,
c’est se rendre compte qu’une question n’a pas de
solution, tout simplement parce que c’est une fausse
question ». Il s’est déjà amusé à soumettre à ses élèves
un problème dont l’énoncé était
faux. « Je me délectais de la manière
dont tout le monde trouvait des résultats.
Mais cela demandait un immense travail de correction,
car ensuite je leur expliquais comment, à quel
moment, il aurait fallu remettre en cause l’énoncé. » Dans
tout processus d’apprentissage, c’est bien en remettant
en cause des conceptions fausses que l’on parvient à progresser.
Martine
Laronche – Le Monde – 18 juillet 2010
Généticiens
autodidactes
En
Californie, depuis plus de deux ans, n’importe qui
peut faire séquencer et analyser son propre
génome sans aucune formalité et sans
passer par un médecin : il suffit de cracher
dans un petit tube et d’envoyer sa salive par la
poste à une société spécialisée.
Pour moins de 500 $ (381 €), le client obtient, via
Internet, une analyse génétique partielle
permettant d’en savoir plus sur ses origines ethniques
et certains traits de sa personnalité, mais
aussi de découvrir s’il est porteur de mutations
génétiques favorisant l’apparition
de maladies.
Plus
récemment, on a vu apparaître des sites
Internet permettant au grand public de se former à la
génétique et de mener des recherches
sans l’aide de spécialistes.
Ainsi,
Do-It-Yourself Genomics, une start-up à but
non lucratif, propose toute une gamme de services
destinés aux « chercheurs-citoyen »,
bénévoles amateurs et autodidactes.
Chaque participant fait établir son profil
génétique puis le télécharge
sur le site de DIY Genomics, où il sera stocké,
publié, puis analysé en fonction des
recherches en cours. Chaque membre pourra consulter
les données génétiques des autres
membres, utiliser des outils en ligne pour mener
des recherches personnelles, recruter des volontaires
pour mener des tests et des études collaboratives,
publier et discuter les résultats...
Pour
les professionnels d’Internet, le code génétique
est un code informatique comme un autre, qui ne les
impressionne pas : après tout, avec « seulement » 3
milliards de paires de base, le génome humain
représente un fichier de 3 giga-octets, soit
nettement plus petit que le système d’exploitation
Windows de Microsoft ou qu’un film d’Hollywood numérisé sur
DVD...
Des
start-up préparent des applications de « génomique
personnelle » pour les smartphones comme l’iPhone
ou le BlackBerry : bientôt, chacun pourra charger
l’intégralité de son code génétique
sur son téléphone mobile, le transporter
avec soi et le partager avec qui bon lui semble.
Yves
Eudes – Le Monde – 12 août 2010
Changement
culturel au Japon
Compétition,
salaryman, grandes villes industrielles, entreprises
mondiales... tel était le Japon des années
1990.
Mais
la société japonaise actuelle, la plus
ancienne des sociétés vivantes dans
le monde, est en train de connaître un étrange
phénomène : les jeunes cessent de consommer.
Ils n’ont pas de voiture, ne boivent pas d’alcool,
vivent très simplement, occupent des emplois à temps
partiel pour se procurer le strict minimum, s’intéressent à l’agriculture
biologique, s’inquiètent de la diminution
des ressources dans le monde, souhaitent apporter
leur contribution en s’abstenant de voyager et ils
n’éprouvent pas le besoin d’étudier
des langues étrangères. Lorsqu’on leur
dit que le Japon est en train de perdre son rang
dans le monde, cela ne les gêne pas : « nous
sommes un petit pays, ce n’est pas un problème
pour nous ».
Cette
rupture fondamentale avec les comportements antérieurs
ne s’est pas produite du jour au lendemain. Dès
1977, la population a cessé d’augmenter et,
depuis 2005, elle diminue. Autre indice propre au
Japon : dès les années 1960, la production
de riz avait diminué. Ce n’est évidemment
pas l’ensemble des jeunes qui sont concernés,
mais la tendance est bien installée et ne
cesse de se renforcer. C’est peut-être une
forme de maturité de la jeune génération.
C’’est peut-être autre chose aussi.
Avant
que le Japon ne s’ouvre au monde au XIXe
siècle avec l’Empereur Meiji, le pays a traversé 250
années d’enfermement et de très faible
croissance. La nouvelle tendance qui s’inscrit dans
d’autres courants que l’on observe aussi ailleurs,
ressemble beaucoup à de la nostalgie et à un
désir de revenir à ce passé et
ses valeurs.
Norihiro
Kato, Professeur de littérature japonaise à l’Université Waseda
de Tokyo – International Herald Tribune – 23 août
2010
Donner
le goût de la lecture aux enfants
Les écoliers
américains lisent de moins en moins (on pourrait
en dire autant chez nous) et perdent pendant les grandes
vacances une grande partie de la capacité de lecture
acquise pendant l’année scolaire. Comment y remédier
? Le Département fédéral de l’éducation
a financé une étude conduite par des chercheurs
de l’université de Knoxville (Tennessee). Trois étés
de suite ils ont suivi des écoliers de Floride fréquentant
les petites classes dans des quartiers défavorisés.
Ils se demandaient si leur procurer des livres pour les
vacances allait influencer leurs performances scolaires.
Chaque
enfant pouvait choisir 12 livres parmi des centaines de
titres proposés. Il y avait un groupe témoin
et les écoliers qui avaient reçu des livres
ont eu de meilleures notes – équivalentes à celles
qu’ils auraient obtenues en fréquentant des classes
de rattrapage d’été.
Pourtant
ils n’avaient pas du tout choisi les livres que des enseignants
auraient préconisés. Celui qui avait eu le
plus de succès la première année était
une biographie people, celle de Britney Spears ! « Il
existe une culture des gosses et des médias qui
n’a rien à voir avec nos propres conceptions. La
majorité de ces enfants n’avait jamais lu en dehors
de l’école. Mais quand on leur a donné la
possibilité de choisir leurs propres lectures, en
fonction de leurs centres d’intérêt ou de
ce qu’ils connaissent par la télévision et
d’en discuter, cela les a motivés ».
Tara
Parker-Pope – International Herald Tribune – 5 août
2010
Marché du
travail : où est le sexe faible ?
Les
hommes auront-ils encore du travail aux Etats-Unis lorsque
l’économie repartira ? Beaucoup en doutent. Ainsi,
Larry Summers, conseiller économique du président
Obama, déclare : « un homme sur six entre
25 et 54 ans ne travaillera pas, parce que l’Amérique
n’aura plus rien à leur offrir ou qu’ils n’auront
pas su s’adapter à sa nouvelle expansion ».
L’hebdomadaire Newsweek va plus loin : « s’ils ont
de la chance, ils auront une épouse qui subviendra à leurs
besoins ». Car pour les femmes tout baignera. La
femme ne sera plus l’avenir de l’homme, c’est lui qui sera
devenu son passé.
Ainsi,
sur les 11 millions d’emplois détruits depuis décembre
2007 aux Etats-Unis, 66 % étaient occupés
par des hommes. En 1970, les femmes contribuaient pour
6 % au revenu familial, elles en fournissent maintenant
42,2 %, à ce rythme la bascule aura lieu en 2019.
Pour la première fois dans l’histoire, parmi les
30-44 ans, on compte plus de diplômés femmes
qu’hommes. Selon Nancy Koehn, professeure à la Harvard
Business School : « nous assistons au début
d’un tsunami : les femmes vont s’emparer des lieux de travail
dans les quinze prochaines années ». Il n’y
a pas encore beaucoup de femmes PDG, mais cela viendra.
Les
hommes s’avèreraient moins aptes à s’adapter
: « l’économie est devenue moins bien disposée
envers les hommes », dit Jacqueline King, du Conseil
américain de l’éducation.
Sylvain
Cypel – Le Monde – 18 août 2010 |