Mission prospective et stratégique
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ACTUALITE PROSPECTIVE
 

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Mettre en valeur des faits d’actualité pour leur signification prospective.


La citation
 
Le clin d'oeil

« L’Europe pèsera suffisamment peu sur la scène internationale dans les décennies à venir pour que Delhi ne fasse pas des relations euro indiennes une de ses priorités. »

 

« Donnez encore deux ans aux chasseurs d’exoplanètes ; ils vont vous faire bondir hors de vos chaussettes ! »

Rajeev Kumar, directeur du Conseil indien
pour la recherche sur les relations économiques internationales
  Alan P. Boss, astrophysicien, Institution Carnegie, Washington

La prospective, c'est l'art d'explorer le champ des possibles
qu'ouvre sans cesse l'avenir

>>> Société de l’information ou société de l’œil ?
>>> Des chaussures en pneu pour partir du bon pied
>>> L’intelligence artificielle contre la crise
>>> Trois parents biologiques ?
>>> Le vélo électrique n’en est qu’à ses débuts
>>> Des villes franches pour le développement
>>> Enfants, migrants et seuls…
>>> Conquête spatiale : ensemble, c’est mieux
>>> Agriculture urbaine
>>> Bancs publics, bancs publics…

 

Société de l’information ou société de l’œil ?

Jamais société n’a connu autant d’informations, de flux de savoirs et, paradoxalement, nos medias et autres supports n’ont jamais crée autant d’oubli. Nos civilisations changent leurs façons de stocker des données pour se souvenir ou se reconnaître.

A l’heure où la parole est donnée à tous, devient égalitaire ou égalitariste, où chacun devient public, je m’interroge sur la valeur et les contradictions du publiable.

Auteure, je me penche plus particulièrement sur les biographies individuelles et sur les récits de méthodes, j’écris donc les traces et surtout les tréfonds intérieurs, les « inter dits » et les jardins secrets. Les gens se livrent avec réserve. Ils veulent pourtant avoir un livre et entrer ainsi dans l’histoire, dans tous les sens du terme.

Ces mêmes gens qui hésitent entre 18 mois et 3 ans avant de confier leur être le plus intime répandent très aisément et très publiquement leur vie privée sur des portables. Dans quelle crainte sont-ils exactement ? Est-ce la paranoïa de la surveillance, de la société de Big Brother ou celle de l’Oeil de Georges Bataille ?

Pour palier cette profonde peur de s’exposer, j’accompagne cette irascible volonté de s’exprimer et offre des livres miroirs ou chacun peut se retrouver, à partir de mots que nous cherchons ensemble.

Ecrire, c’est noter ce qui s’inscrit en nous. A lignes épurées, dévoiler notre silhouette telle que nous l’avons rêvée. En cela, écrire pour ou avec quelqu’un est une aventure à la fois radieuse et périlleuse. Réaliser une biographie réelle ou romancée est une respiration alternée, s’entretenir avec quelqu’un d’aussi près permet de convertir l’expérience en profondeur.

Anne de Commines – comminesde.anne@neuf.fr

Des chaussures en pneu pour partir du bon pied

En ajoutant un dessus en coton ou en cuir à des semelles taillées dans du caoutchouc recyclé, Bethlehem Tilahun Alemu s’est ouvert un marché en Amérique du Nord, en Australie et en Grande-Bretagne. Cette jeune Ethiopienne a déjà vendu sur Internet plusieurs milliers de paires de tongs, chaussons, chaussures de voile, mocassins et baskets qu’elle fait fabriquer dans un petit atelier en périphérie d’Addis-Abeba. Elle a trouvé un fournisseur de vieux pneus et de vieilles chambres à air et a embauché des femmes pour filer, tisser et teindre du coton, du jute et du chanvre cultivé localement. La toile de camouflage employée pour certains modèles a été taillée dans de vieux uniformes militaires. « Nous fonctionnons à l’américaine », explique cette créatrice, une ancienne comptable de 30 ans, qui a lancé il y a cinq ans sa marque, soleRebels. Son entreprise compte aujourd’hui quarante-cinq employés capables de fabriquer jusqu’à 500 paires de chaussures par jour. Elle vise à croître pour servir le monde entier. Les internautes canadiens ont la possibilité de commander des chaussures quasiment sur-mesure grâce à un logiciel qui dessine le contour numérisé de leur pied.

« Le recyclage est un mode de vie, explique-t-elle. On ne jette pas des choses qu’on peut réutiliser encore et encore... Je voulais partir de cette idée pour créer quelque chose. » Elle a de fait industrialisé une vieille coutume : les paysans et soldats éthiopiens se font déjà depuis longtemps des sandales avec de vieux pneus de camion.

Sortir de la pauvreté par une invention enracinée dans le pays, est certainement l’une des meilleures manières de changer l’image de l’Ethiopie.

Xan Rice - The Guardian – repris par Courrier International du 14 janvier 2010

L’intelligence artificielle contre la crise

« Quel sera le moteur de la croissance économique mondiale de la nouvelle décennie ? Il faut parier que les années 2010 seront celles où l’intelligence artificielle commencera à avoir un impact économique aussi important que l’émergence de l’Inde et de la Chine. Mon raisonnement est largement inspiré du jeu d’échecs, que j’ai pratiqué à un niveau professionnel. Ce jeu est un baromètre de l’adaptation possible des individus à l’intelligence artificielle. Les programmes de jeux d’échecs électroniques peuvent calculer d’avance un tel nombre de coups que la distinction entre les calculs tactiques à court terme et les stratégies à long terme devient floue. Aujourd’hui, ils sont devenus si bons que même les Grands Maîtres ont parfois du mal à comprendre la logique derrière certains de leurs coups. Si Alan Turing - l’inventeur de l’intelligence artificielle, auteur notamment d’un test de confrontation verbale à l’aveugle d’un humain avec un ordinateur et un autre humain pour évaluer la valeur du langage d’une machine - était encore vivant, il inverserait son test et définirait peut-être l’intelligence artificielle comme l’incapacité d’un ordinateur à dire si son interlocuteur est une machine ou un humain.

Je ne crois pas qu’après Internet et l’ordinateur portable il faudra attendre longtemps la prochaine innovation révolutionnaire. L’intelligence artificielle insufflera prochainement l’énergie nécessaire à la relance et il n’y a aucune raison de penser que la nouvelle décennie sera un flop économique.

Au-delà, les ordinateurs pourront tout faire : conduire un taxi, réaliser des opérations chirurgicales… Mais auparavant, les cursus d’études supérieures auront été transformés par l’intelligence artificielle, créant ainsi potentiellement une université mondiale largement accessible, même aux pays en développement les plus pauvres. Il y aura aussi d’autres utilisations essentielles de l’intelligence artificielle, depuis la domotique jusqu’à la généralisation des réseaux intelligents pour la gestion et la distribution optimisées de l’eau et de l’électricité.

Un seul facteur peut mettre en péril ces perspectives : l’intervention des politiques ; il ne faut pas qu’ils se mêlent des nouveaux modèles de commerce, de technologie et d’intelligence artificielle. »

Kenneth Rogoff, professeur d’économie et de sciences politiques à l’université Harvard –
Les Echos – 28 janvier 2010

Trois parents biologiques ?

Visant à éliminer des maladies transmises uniquement par l’ADN maternel, des scientifiques du Centre de recherche sur les primates de l’Etat d’Oregon, aux Etats-Unis, ont fait naître des bébés singes qui ont chacun un père et deux mères. Le procédé pourrait être appliqué à des humains. Les bébés ainsi conçus auraient donc trois parents biologiques.

Cette découverte soulève déjà toutes sortes de questions. D’ores et déjà, qui seraient les parents légaux d’un tel bébé ? Un peu plus tard : est-il concevable qu’un jour un seul bébé soit issu de 100 parents différents ? L’ADN peut-il justifier un droit de visite ? Quelle est la proportion de chromosomes qui donne des droits ? Un enfant issu de parents étrangers hors des Etats-Unis mais qui a de l’ADN d’un citoyen américain pourra-t-il réclamer la citoyenneté américaine ?… Des précédents confirment l’imminence de ce débat.

Dans les années 1980, une certaine Mary Beth Whitehead a, moyennant 10 000 $, joué le rôle de mère porteuse pour l’enfant de William et Elisabeth Stern, conçu avec l’ovule d’Elisabeth et le sperme de William. Après la naissance, Ms Whitehead est allée en justice pour garder le bébé. La Cour de justice de l’Etat du New Jersey a déclaré que Mme Whitehead était la mère légale, qu’il ne fallait pas la condamner pour avoir monnayé son utérus, mais que c’étaient les Stern qui auraient le droit d’élever l’enfant.

En 1993, une décision inverse a été prononcée dans une affaire opposant Crispina et Mark Calvert à une mère porteuse. Trois tribunaux ont successivement donné raison aux Calvert, chacun avec un argument différent. La Cour suprême de Californie a finalement décidé que la mère était la personne qui avait souhaité la naissance de l’enfant et était disposée à l’élever, en l’espèce Ms Calvert.

Le caractère contradictoire de ces jugements illustre la grande confusion autour de cette seule question : qu’est ce qui fait une famille ?

Quand l’irruption de la technologie transforme la donne, il s’agit de déterminer les valeurs essentielles. C’est également le cas à propos d’Internet, de sa relation à la vie privée et au droit d’auteur.

Le fait d’être parent ne peut être réduit à une formule biologique. La loi devrait évoluer vers une reconnaissance plus grande de l’intention de donner la vie. La perspective de parents multiples impose cette réflexion.

Adam Cohen – International Herald Tribune – 29 janvier 2010

Le vélo électrique n’en est qu’à ses débuts

En Chine, 120 millions de vélos électriques remplacent progressivement les innombrables vélos et motocyclettes qui constituaient le principal moyen de transport urbain. 10 % de la population y a recours. Une croissance comparable est prévue à court terme en Occident, comme on le voit déjà aux Etats-Unis ou dans l’autre pays du vélo, les Pays-Bas. Des magasins de vélos électriques ouvrent à tous les coins de rue de Chinatown à New York. Le modèle américain est un vélo standard dont le moteur électrique se met en route dès que le cycliste pédale. Le modèle chinois ressemble à une Vespa et fonctionne entièrement à partir d’une batterie qui lui assure 48 km d’autonomie.

L’un des avantages du vélo électrique est de réduire la circulation automobile : en Asie un vélo remplace une voiture sur six. Mais d’autres problèmes surgissent.

Plus s’accroît le nombre de vélos électriques en circulation, plus augmente le nombre d’accidents graves qu’ils provoquent en roulant vite et imprudemment sur les pistes cyclables et les voies réservées aux piétons. C’est pourquoi les autorités organisatrices du transport public sont aujourd’hui, partout, moins enthousiastes qu’elles ne l’étaient.

Et puis, le vélo électrique est-il si écologique que cela ? Certes, il émet moins de gaz à effet de serre que l’automobile. Mais il est une autre source de pollution : le modèle chinois, notamment, utilise les batteries au plomb et il n’existe pas de système pour les recycler quand elles sont en fin de vie. L’automobile fait de rapides progrès en termes de réduction des nuisances et de sécurité pour ses passagers et les piétons. Un combat commercial est engagé. Le vrai visage du vélo électrique n’apparaîtra que lorsqu’il aura technologiquement mûri, d’ici à quelques années.

J. David Goodman – International Herald Tribune – 1er février 2010

Des villes franches pour le développement

« Partout en Afrique, ce soir, des élèves vont faire leurs devoirs dehors à la lumière des lampadaires. C’est parce qu’ils n’ont pas l’électricité chez eux. Nous savons que l’éclairage domestique ne coûte pas grand-chose : un peu moins de 1 centime d’euro de l’heure pour une ampoule de 100 watts. La plupart des pauvres, en Afrique, auraient les moyens de s’éclairer un peu. Les Africains ne manquent pas d’électricité parce qu’ils sont pauvres : ils sont pauvres parce qu’ils n’ont pas l’électricité.

Pour surmonter ce type de problèmes, je propose une stratégie de contournement consistant à bâtir des villes gérées en partenariat par un pays riche et un pays pauvre. Le pays pauvre céderait un pan de territoire, le pays développé apporterait un système judiciaire crédible, propre à enraciner l’Etat de droit. Il n’y a pas vraiment de précédent, mais l’expérience britannique à Hong Kong montre que le respect des règles ne coûte quasiment rien aux partenaires et fait plus pour réduire la pauvreté que tous les programmes d’aide.

Il existe, le long des côtes de l’Afrique subsaharienne, de grandes bandes de terre inhabitées, trop arides pour l’agriculture. Mais une ville peut surgir même dans les endroits les plus désertiques si elle dispose d’eau dessalée et recyclée.

Certains diront que c’est du colonialisme, mais le pays riche partenaire n’est pas obligé d’administrer directement la ville : les habitants peuvent s’en charger, à condition de respecter l’ordre juridique qui y règne.

D’autres y voient un moyen d’émigrer dans les meilleures conditions. Cette formule donnerait aux pauvres la possibilité de choisir la ville franche et donc le régime sous lequel ils veulent vivre et travailler. Une récente enquête Gallup montre que 700 millions de personnes souhaitent s’établir dans un pays offrant sécurité et perspectives économiques.

Comment seraient-elles financées ? Un cadre juridique sécurisé encouragera des investisseurs privés. Et les dépenses publiques pourraient être couvertes par un impôt spécial sur la plus-value des terrains due au développement. Si, par exemple, des pays voisins d’Haïti y créaient ne serait-ce que deux villes franches, on pourrait y reloger toute la population du pays.

Quelque 3 milliards de travailleurs pauvres quitteront les campagnes pour les villes dans les décennies à venir. Les villes exercent un tel attrait que les gens préféreront les bidonvilles à la misère rurale s’ils n’ont pas d’autre choix. La question n’est pas de savoir si le monde va s’urbaniser – il le fait, et vite –, mais où et selon quelles règles. Les villes franches garantiraient à leurs habitants la condition première de tout développement : l’Etat de droit. »

Paul Romer – The Sunday Times – repris par Courrier International du 4 février 2010

Enfants, migrants et seuls…

En France et ailleurs en Europe, les mineurs isolés étrangers non accompagnés ne comptent pas. Leur fréquente disparition des institutions dans lesquelles ils ont été placés est peu prise en compte.

Combien sont-ils ? L’organisation helvétique Terre des hommes vient de leur consacrer une enquête. Ils seraient 5 000 sur le sol français, venus d’Afrique, d’Amérique latine, d’Asie, d’Europe de l’Est… Et ils sont de plus en plus nombreux et de plus en plus jeunes : des petits Maghrébins de 8 ans tentent la traversée vers l’Espagne, en Belgique, des petites Roms de 9 ans sont utilisées par des gangs de cambrioleurs, dans la région parisienne, les services sociaux ont repéré des Afghans âgés de 12 ou 13 ans.

La sociologue française Angelina Etiemble a dressé leur typologie : les exilés, qui fuient guerres et persécutions ; les « mandatés », envoyés par leur famille pour travailler ou étudier ; les exploités, victimes des réseaux de travail au noir ou d’exploitation sexuelle ; les errants, déjà livrés à eux-mêmes dans leur pays ; les fugueurs ; enfin, ceux qui rejoignent un parent, et ne s’en trouvent pas sécurisés pour autant.

Ces enfants arrivent rarement seuls, mais leurs passeurs les « oublient » dans un lieu public ou au siège d’une association. Le mineur devra ensuite rembourser, d’une manière ou d’une autre, celui qui l’a aidé à voyager. La moitié de ceux qui sont placés dans des centres spécialisés disparaissent, récupérés par des réseaux et des clans, parfois promis au pire.

C’est pour toutes ces raisons que Terre des hommes appelle l’Union européenne à créer un statut spécifique des mineurs non accompagnés.

A la sortie de la Seconde Guerre mondiale, le film qui décrivait le malheur des enfants perdus, Quelque part en Europe, a certainement contribué à leur insertion sociale. A quand le film qui attirera l’attention et la sympathie sur les enfants perdus d’aujourd’hui ?.

Jean-Pierre Stroobants – Le Monde – 5 février 2010
Prospective.fr

Conquête spatiale : ensemble, c’est mieux

Effort d’innovation sans précédent depuis le programme Apollo : les crédits initialement prévus pour la conquête de la Lune seront consacrés à l’élaboration d’une nouvelle génération de fusées et d’engins spatiaux destinés à explorer l’espace profond et la planète Mars. Rompant avec les politiques antérieures, les Etats-Unis comptent sur la coopération du secteur privé et d’autres nations, dont peut-être la Chine. La NASA jouera un rôle de coordonnateur plutôt que de maître d’œuvre et devra réduire fortement ses habitudes bureaucratiques et ses dépenses exorbitantes. « Pour que cela fonctionne, il faudra que la NASA renonce à son approche très paternaliste de la coopération », commente Laurence Nardon, spécialiste des questions spatiales à l’Institut français des relations internationales. « Et il faudra inventer un mode de gouvernance des missions internationales. »

Ce projet permettra aux Etats-Unis de conserver leur leadership, alors que la Chine, l’Inde avec la Russie, des nouveaux venus comme la Corée, sans oublier l’Europe, bien entendu, font de l’espace un objectif stratégique majeur. La Chine assemble les pièces d’un programme extraordinairement complexe et a fixé à 2025 l’arrivée d’un Chinois sur la Lune. L’Inde compte sur sa coopération étroite avec l’Agence spatiale russe pour réaliser un premier vol orbital autonome en 2015. La Corée a révélé ses intentions et fait la preuve de sa capacité à les conduire à bien. L’Europe n’investit pas suffisamment et prend du retard à cause de ses problèmes de gouvernance : il manque l’unité de point de vue ; les chamailleries entre nations et entreprises pour la construction des équipements peuvent prendre des années… Néanmoins, il semble bien que l’Europe soit en train de comprendre qu’elle doit, elle aussi, agir plus vite, réduire les coûts, coopérer avec d’autres acteurs et faire en sorte que ses diverses composantes nationales et industrielles dépassent leurs susceptibilités.

Jérôme Fenoglio – Le Monde – 9 février 2010
La presse

Agriculture urbaine

Avec plus de la moitié de la population du monde regroupée dans des centres urbains, l’agriculture va, elle aussi, migrer dans les villes, sous la forme d’unités de production hors sol de fruits et légumes installés dans des tours de verre. Dans ces fermes verticales hermétiquement closes, le contrôle de toutes les variables de l’environnement éliminerait le recours aux pesticides et la consommation d’eau serait réduite grâce à la culture hydroponique – les plantes étant irriguées par une solution leur apportant nutriments et sels minéraux. Dans cet univers dépourvu de saisons et protégé des caprices du climat, les rythmes de production seraient accélérés, avec des volumes de récoltes jusqu’à dix fois supérieurs à ceux obtenus sur une surface égale de terre.

Evidemment, ce concept n’est pas exempt de risques : les interruptions de courant, le moindre problème technique… « Un environnement ultra contrôlé n’empêchera pas les mousses et les algues de prospérer, comme elles prospèrent déjà sur la station spatiale », note Kristen Lagadec, ingénieur aérospatial. Les projets fourmillent dans toutes les grandes villes des pays développés. Des architectes et d’autres spécialistes cherchent à se spécialiser.

Le prototype en vraie grandeur n’existe pas encore, mais des réalisations plus limitées surgissent, par exemple des potagers bénéficiant de la chaleur des fours sur les toits de boulangeries industrielles à New-York. La question du financement est loin d’être résolue. Les premières grandes réalisations interviendront peut-être dans des pays du Moyen-Orient comme la Jordanie, Abu Dhabi, le Qatar, qui sont soumis à une forte dépendance des importations alimentaires et qui ont les moyens d’explorer des méthodes innovantes.

Laetitia Mailhes – Les Echos – 22 février 2010

Bancs publics, bancs publics…

Les trottoirs, les rues piétonnes et les bancs publics – toutes choses qui nous paraissent si habituelles – font figure de nouveauté à Amman, la capitale de la Jordanie, une cité qui existait déjà 8 500 ans avant JC et compte 2,5 à 3 millions d’habitants dans un pays qui a la caractéristique d’être à la fois une monarchie, une démocratie et un pays arabe.

Ce qui est remarquable n’est pas l’existence de ces équipements, mais leur grand nombre. Les bancs publics, notamment, sont partout à travers la ville et tout le monde célèbre leurs vertus : rendre la vie un peu plus facile, rapprocher les riches et les pauvres, permettre à une ville sans identité forte de développer l’esprit de quartier.

Il s’agit des conséquences d’une politique urbaine à l’opposé de celle de Dubaï. Il était question de construire à Amman seize tours le long d’une rue principale. Ce projet a été déplacé et réparti en trois endroits. La crainte d’approfondir le contraste entre quartiers pauvres et quartiers riches n’a plus lieu d’être. Les lieux du développement économique ont pu être rénovés. Et surtout l’objection principale au projet antérieur - détruire l’unité du paysage - est donc tombée. Dans le centre ville a été mise en œuvre une stratégie pointilliste, avec d’innombrables initiatives individuellement modestes mais globalement significatives.

Les avis des habitants sont pris en compte pour faire évoluer l’environnement urbain. Cette approche facilite l’intégration des ruraux qui continuent de s’installer en ville ainsi que celle des nombreuses communautés étrangères. La vie sociale et le sens de la citoyenneté, qui n’existaient que nominalement, peuvent enfin faire sens. On ne sait jamais où l’innovation va surgir, on ne sait jamais quelles formes elle peut revêtir…

Michael Slackman – International Herald Tribune – 24 février 2010

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