|
Pourquoi
Prospective.fr ?
• Promouvoir la démarche
prospective.
• Plaider des projets prospectifs :
› les Associations de solidarité familiale, moyen d’une
réforme durable du système
français de protection
sociale,
› Paris, 10 millions d’habitants : concrétiser l’unité et
la cohérence de l’agglomération
parisienne,
› le transport public en Ile-de-France : réconcilier, dans
le développement, logique des
organisations et besoins des
personnes.
• Mettre
en valeur des faits d’actualité pour leur signification
prospective.

|
La
citation
|
|
Le
clin d'oeil
|
|
« Je
vais prendre une pierre dans la main et je la presserai
jusqu’à ce que l’eau en sourde ; ainsi je pourrai
faire cuire du riz pour nourrir ma fille. On s’en tirera
! »
|
|
« Découvrir
et décrire des espèces inconnues renvoie
un écho positif, dans un contexte environnemental
où on n’entend que des mauvaises nouvelles. Cela
montre que la Terre vaut la peine qu’on s’intéresse à elle. »
|
Dimitris
Kaloupis, paysan grec
International Herald Tribune
14 janvier 2012 |
|
Philippe
Bouchet, zoologiste au Muséum national d’histoire
naturelle,
chef d’expédition du programme « La planète
revisitée» |

La prospective, c'est l'art d'explorer le champ
des possibles
qu'ouvre sans cesse l'avenir
>>> La
force de travail largue les amarres
>>> Des
oiseaux dans la ville
>>> Le
sel de la terre
>>> Quelle
culture ? Pour quels publics ?
>>> La
guerre fiscale fait rage dans le monde
>>> Lutter
contre l’illettrisme dès la maternelle
>>> La
R & D révèle la réalité des
rapports de force
>>> Décloisonner
les classes pour ouvrir l’enseignement
>>> O
solo mio !
>>> Une
pieuvre artificielle et autres robots mous
La
force de travail largue les amarres
A
l’heure des vols long courrier, d’Internet et des multinationales,
les concepts mêmes d’immigration, citoyenneté et
nationalité sont en train de changer. Après la
globalisation du commerce et du capital, voici celle des talents.
Il ne s’agit plus de fuite des cerveaux (brain drain) dans un
sens ou un autre, la problématique est celle de la circulation
des plus compétents dans tous les sens et à l’échelle
du monde. Ainsi, de nombreux Chinois, au lieu d’émigrer
une fois pour toutes de Chine aux Etats-Unis, comme leurs parents
ou leurs grands-parents, sont devenus des « mouettes » qui
vont et viennent entre San Francisco ou Vancouver et Beijing
ou Shanghai, sans pour autant rompre les liens avec leur communauté d’origine.
A
l’heure de la crise en Europe, un autre phénomène,
plus massif encore, est en train de se déployer : l’émigration
massive des jeunes des pays en difficulté vers les régions
prospères du monde. L’Irlande, la Grèce, l’Espagne
sont des cas manifestes. La France n’est pas encore concernée
car nous n’avons pas encore pris la mesure de ce qui est en train
de se passer. Les autorités des pays que quitte leur jeunesse
sont d’autant plus soucieuses qu’il s’agit le plus souvent de
départs sans intention de retour : c’est pour la longue
durée que nos vieilles nations européennes sont
en train de perdre ceux qui étaient en mesure d’assurer
leur renaissance.
Ces
transformations, dont il faut souligner l’extrême rapidité,
invitent à la réflexion. Désormais massives,
elles ne peuvent plus être considérées comme
marginales. Elles concernent l’ensemble des milieux professionnels
et font exploser les vieilles catégories, celles par exemple
des classifications industrielles. Par ailleurs, qu’en est-il
de la notion d’intégration, comment les milieux locaux
peuvent-ils conserver leur influence vis-à-vis de cette
population en mouvement constant ? Pour le moment, c’est le prestige
des institutions universitaires et des employeurs les plus connus,
ou encore celui de quelques grandes villes, qui joue ce rôle.
Plus puissante cette évolution, plus manifeste le décalage
avec les politiques étatiques vis-à-vis des immigrés
et la perception qu’en ont les opinions publiques. La réglementation
et la façon dont on considère l’immigration ont été forgées
pour une population sédentaire, alors qu’une proportion
de plus en plus forte de la population qualifiée est désormais
nomade. La Nouvelle Zélande, avec une population locale
si petite et un si grand nombre d’expatriés, est la première à réinventer
son identité nationale : en même temps une petite île
très loin de tout et une nation dont les citoyens interconnectés
vivent et travaillent dans le monde entier.
Chrystia
Freeland – International Herald Tribune – 7 octobre 2011
Richard Boudreau et Paulo Prada – The Wall Street Journal – 16
janvier 2012
Prospective.fr
Des
oiseaux dans la ville
Lancaster,
en Californie, est une ville d’environ 157 000 habitants
qui s’enorgueillit d’avoir compté autrefois parmi
ses citoyens des célébrités comme Frank
Zappa et Judy Garland. Récemment, la criminalité qui
y sévissait et préoccupait de plus en plus
les habitants et les autorités y a notablement baissé :
15% de moins en 2011 qu’en 2010. D’après le sheriff,
c’est parce que, depuis plusieurs années, les fonctionnaires
de la ville et les policiers ont bien coopéré.
Le
maire, Rex Parris, en attribue le mérite à une
installation originale : en mars 2010, il a fait placer 70
petites bornes avec un haut-parleur diffusant, cinq heures
par jour, tout le long du boulevard principal, des chants
d’oiseaux. Cet environnement sonore met tous les citadins
de bonne humeur. « L’idée a fait rigoler, mais
les gens ne se rendent pas compte de ce qui les influence »,
commente la patronne du Café Lemon Leaf sur le boulevard. « Quand
j’ai ouvert en 2006, ça craignait dans le quartier.
Depuis qu’il y a ce haut-parleur devant ma terrasse, les
clients se tiennent bien mieux ».
Au
départ, Rex Parris avait enregistré les chants
des oiseaux dans son jardin, mais peu satisfait du résultat,
il décida de commander et de financer de ses propres
deniers une composition originale de Julian Treasure, un
consultant britannique en acoustique. Ce dernier mixa, avec
des bruits d’eau et de la musique, des enregistrements d’oiseaux
européens (les oiseaux européens et américains
ne sont pas les mêmes). Lesquels ? Il l’ignore lui-même.
Un ornithologiste interrogé sur le sujet a reconnu
les appels printaniers du rouge-gorge, du roitelet et du
merle mâles : « je suis ici, mesdemoiselles ;
je suis un beau parti ; laquelle d’entre vous est libre et
disposée à faire connaissance, et plus si affinités
? »
Depuis
que l’homme primitif a appris que le silence des oiseaux
signifie la présence de prédateurs, leurs chants
ont, au contraire, le don de réduire chez lui les
hormones du stress. Hors de la forêt et en l’absence
de bêtes fauves, la réponse du corps humain
reste la même. Et les oiseaux ont appris à vivre
en ville avec l’homme. Les moineaux, par exemple, sont arrivés
d’Asie en Europe dans le Haut Moyen-Age en suivant les chevaux
des envahisseurs. C’est dans leur crottin qu’ils trouvaient
leur subsistance. Ils se sont installés dans nos villes,
fréquentées par de nombreux attelages. A l’avènement
de l’automobile, ils se sont adaptés. Mais, récemment,
ils se font rares. En effet, les bruits de la ville ont tellement
augmenté que beaucoup de passereaux, ceux dont la
voix est la plus harmonieuse mais la plus discrète,
n’arrivent plus à se faire entendre et disparaissent
de notre environnement urbain. Et qui sait combien de temps
encore les grillons, dont les stridulations enregistrées
et répercutées à l’ouverture des portes
automatiques font la joie des passagers de la ligne 1, continueront
de fréquenter les rails surchauffés du métro
parisien ?
Quand
la terre des hommes ne sera plus qu’un immense musée,
les ersatz sonores de la nature ne suffiront sans doute plus à adoucir
nos mœurs.
John
Letzing – The Wall Street Journal – 18 janvier 2012
Prospective.fr
Le
sel de la terre
La
plupart de l’activité des salins en France a été délocalisée
en Afrique. La compagnie des Salins du Midi a regroupé l’essentiel
de son activité en métropole sur deux sites
seulement et cède les autres au Conservatoire
du Littoral. Ce dernier essaie d’en faire le meilleur
usage : il s’agit d’une part de retrouver des plantes
disparues, d’autre part de continuer à servir
de refuge aux oiseaux migrateurs qui y ont trouvé un
milieu d’élection.
En
effet, l’exploitation du sel a créé un écosystème
bien spécifique, inverse du milieu naturel. On
inonde les bassins au printemps, apportant de l’humidité quand
les sites naturels commencent au contraire à s’assécher.
On récolte le sel en septembre. On abaisse ensuite
les niveaux d’eau à l’automne pour préparer
les bassins pour le cycle suivant, tandis que les milieux
naturels reçoivent au contraire les premières
précipitations. Cette contre-saison a créé un
environnement favorable à certains oiseaux qui
trouvent en été des bassins en eau riches
en nourritures et isolés des prédateurs
terrestres.
Il
s’agit maintenant, alors qu’on ne récolte plus
de sel, de garder les ouvrages existants – canaux, digues,
diguettes, rouets, systèmes de pompage – et de
les adapter pour maintenir cette biodiversité.
C’est ainsi qu’on continuera de résoudre en partie
la « crise du logement » qui frappe certaines
espèces d’oiseaux migrateurs. Près de Sète,
par exemple, on noie en mars les anciens marais salants,
des îlots de coquillages mêlés de
sable et de sel, pour empêcher l’arrivée
des goélands, prédateurs des autres oiseaux
marins, puis on descend d’un coup le niveau d’eau trois
semaines après pour accueillir des milliers de
couples d’avocettes et de sternes arctiques.
Anne
Devailly – Le Monde – 6 janvier 2012
Quelle
culture ? Pour quels publics ?
Comment
les comportements culturels des Français ont-ils évolué de
1973 à 2008 ? La démocratisation culturelle
a-t-elle eu lieu ? Combien de livres les Français
ont-ils lus dans les douze derniers mois ? Combien de
temps ont-ils passé devant la télévision
? Sont-ils allés au théâtre, au musée,
au cinéma ? L’arrivée d’Internet et le
temps consacré aux écrans ont-ils fait
chuter la fréquentation des équipements
culturels ?
Une étude
du ministère de la Culture montre la hausse continue
de la consommation de télévision, qui marque
le pas en période récente, de l’écoute
de la musique et des sorties dans les établissements
culturels. La progression de la fréquentation
des bibliothèques s’est arrêtée en
1997, elle est entièrement due au public féminin.
Le public masculin, à partir de l’adolescence,
semble avoir délaissé les livres pour les
jeux vidéo et les nouvelles technologies. La culture
dite « institutionnelle » profite le plus
aux cadres supérieurs et professions libérales.
La
situation a beaucoup évolué en trente-cinq
ans, avec l’arrivée de nouvelles disciplines (arts
de la rue, concerts de musique électronique) et
de nouvelles pratiques (visionnage à domicile
de vidéos ou de films, Internet). Le multimédia
nous a fait entrer dans l’ère de la pluriactivité :
depuis son ordinateur, on peut écouter de la musique
tout en achetant en ligne un billet de spectacle pendant
que la machine télécharge un film.
L’étude
attire l’attention sur le vieillissement de ceux qui
fréquentent les théâtres, les musées,
les cinémas. En 1973, le taux de fréquentation
des concerts de jazz ou de rock (le fait d’avoir un assisté à un
concert dans les douze derniers mois) dans la tranche
d’âge 40-59 ans était de 2 % ; or il s’établit
aujourd’hui à 13 %, tandis que la part des plus
de 60 ans est passée de 2 % à 4 % durant
la même période.
Cette
perspective pose les questions du renouvellement des
publics et de l’éducation artistique
des jeunes.
Clarisse
Fabre – Le Monde – 9 janvier 2012
La
guerre fiscale fait rage dans le monde
Tous
les grands pays se livrent une véritable guerre
fiscale pour imposer chez eux les bénéfices
des multinationales. Le principal enjeu est la détermination
des prix de transfert auxquels les multinationales
s’échangent des biens entre les différents
pays. Cette guerre a commencé entre les Etats-Unis
et le Japon ou l’Europe au temps de l’administration
Clinton. Puis il y a eu une accalmie.
Mais
elle a vraiment éclaté quand le Brésil,
l’Inde et la Chine sont entrés dans le jeu,
avec entre autres la réforme fiscale chinoise
de 2008. Ces nations disent aux grandes entreprises : « Vous
profitez des bas salaires chez moi, vous consommez
mes ressour-ces naturelles, je dois
taxer plus que les profits que vous déclarez. » Les
entreprises étrangères répondent
: « Mais nous avons investi et apporté de
la technologie. » Il s’agit d’un véritable
bras de fer. Le protectionnisme fiscal fonctionne
comme un piège : on investit, et quatre ans
plus tard arrive le redressement fiscal.
L’Europe
est en difficulté et a du mal à se
défendre. Nous sommes, en France, particulièrement
naïfs et en retrait sur cette question, contrairement
aux Etats-Unis, au Japon, à l’Allemagne ou
au Royaume-Uni. Cela fait vingt ans que la souveraineté fiscale
est en train de disparaître en Europe. Et le
fait que les Européens et les pays développés
jouent aussi de cette compétition fiscale
entre eux n’arrange rien.
Le
thème des paradis
fiscaux n’est pas un sujet : 95 % des firmes multinationales
ne jouent pas à ce jeu-là.
On
ne peut retrouver une souveraineté fiscale
qu’en contractualisant avec les grandes entreprises
et en leur disant : « Localisez votre assiette
fiscale chez moi et je vous défendrai vis-à-vis
du fisc des autres pays, quitte à vous indemniser
si je n’y arrive pas. » En faisant cela, et
même en baissant le taux d’impôt sur
les bénéfices à 25 %, je vous
garantis que les recettes augmenteront. La sécurité fiscale
a de la valeur, elle diminue les coûts de gestion.»
Gianmarco
Monsellato, avocat fiscaliste – propos recueillis
par Adrien de Tricornot –
Le Monde – 9 janvier
2012
Lutter
contre l’illettrisme dès la maternelle
Comment
devenir un adulte autonome et responsable quand on
est incapable de comprendre la notice d’un médicament
ou des consignes de sécurité ou de
remplir un formulaire de demande d’emploi… ?
Selon
l’étude PISA, les compétences en maîtrise
de la langue des Français à l’âge
de 15 ans ont décru entre 2000 et 2009, tandis
que le score des jeunes Finlandais reste excellent
et que les Allemands, les Coréens et les Polonais
ont fait des progrès. La comparaison des enfants
de CM1 à travers le monde effectuée
par le Programme international de recherche en lecture
scolaire met elle aussi en évidence un score
en baisse pour les petits Français : 24% de
lecteurs de niveau faible, contre 18% aux Etats-Unis,
13% en Allemagne, 12% en Grande-Bretagne. Finalement,
15% des petits Français quitteraient l’école
primaire sans savoir lire !
D’où l’urgence de renverser
le mouvement. Et en s’y prenant dès le début
de la scolarisation.
La
méthode « Parler-apprendre-réfléchir-ensemble-pour-réussir » (PARLER),
mise au point par Michel Zorman, s’adresse aux plus
petits. Elle leur permet d’acquérir, pas à pas,
les bases nécessaires à l’apprentissage
de la lecture, de l’écriture et de la compréhension
de l’écrit. Basée notamment sur l’affichage
des lettres et le découpage des mots en syllabe,
elle va au-delà des querelles entre méthode
syllabique et méthode globale.
Expérimentée
par son inventeur de 2005 à 2008 à Grenoble,
elle y a donné de bons résultats. Elle
est à présent testée par l’association
Agir pour l’école dans 175 classes en banlieues
parisienne et lilloise et au Puy-en-Velay. L’essentiel
du programme, c’est « l’individuation de l’enseignement,
c'est-à-dire le fait qu’on s’assure que tous
les enfants ont acquis une notion avant de passer à une
autre. » Cela implique d’aider les maîtres,
de les suivre pour que ce travail devienne naturel » :
une pédagogie proposée aux enseignants
volontaires pour rendre leurs pratiques systématiques
et leur rappeler « l’importance de personnaliser
l’enseignement. »
Maryline
Baumard – Le Monde – 10 janvier 2012
La
R & D révèle la réalité des
rapports de force
La
suprématie des Etats-Unis en matière
de recherche et développement n’est pas près
de se réduire : sur les 1 402 milliards de
dollars qui seront investis dans le monde en 2012,
436 seront américains, dont 280 milliards
injectés par le secteur privé. La Chine
est désormais solidement installée à la
deuxième place, avec 199 milliards de dollars,
devant le Japon, 157 milliards. L’Allemagne consacrera
cette année 2,87 % de son PIB à la
R & D, devançant la France (2,24 %).
Les deux pays font sensiblement jeu égal dans
les financements publics (environ 1 % du PIB) ; ce
sont les entreprises allemandes qui font la différence.
L’Hexagone continue de pâtir d’un tissu industriel
peu présent dans les secteurs à forte
densité scientifique, comme les technologies
de l’information ou les sciences du vivant.
Cependant
l’Europe reste une terre de recherche de haut niveau,
du moins en nombre de publications scientifiques
(plus de 300.000 publications en 2011 en Europe comme
aux Etats-Unis). Mesuré avec cet indicateur
bibliométrique, la Chine et l’Inde sont encore
des acteurs mineurs, produisant pour l’instant peu
de connaissances originales de niveau mondial. Les
entreprises jouent un rôle de plus en plus
important dans cette course au savoir, source d’innovation
et de croissance. Cette année encore, des
géants comme Microsoft, Samsung, Intel, Toyota,
Novartis ou Roche vont injecter entre 5 et 9 milliards
de dollars dans la R & D.
Alain
Perez – Les Echos – 17 janvier 2012
Décloisonner
les classes pour ouvrir l’enseignement
Après
le bureau paysagé, voici le lycée en
open space. Le plus exemplaire a été construit à Copenhague
en réponse à une loi danoise d’il y
a une vingtaine d’années enjoignant aux écoles
d’inventer les méthodes d’enseignement les
plus diverses possibles. L’idée est d’une
part de multiplier les choix pour permettre l’apprentissage
d’enfants dont les intérêts et les talents
sont très différents, d’autre part
de les préparer à un monde où le
travail en équipe est de plus en plus important.
Voici
donc le lycée Ørenstad, un bâtiment
de cinq étages composés essentiellement
d’une immense salle centrale, avec autour quelques
classes aux murs transparents – et, bien sûr,
mais ce n’est pas nouveau, une salle de gym qui fait
aussi office de salle de spectacle. A la place des
couloirs, qui sont un gaspillage d’espace, des lieux
ouverts qui facilitent la communication.
Plus
question dans cette configuration de faire un cours
traditionnel à une classe sans gêner
les autres. Les enseignants ont été amenés à trouver
toutes sortes d’autres manières de faire :
toutes petites équipes, travail sur ordinateur,
envoi de messages personnels instantanés par
le professeur à chaque élève,
tournage de podcast par les élèves
pour résoudre un problème de géométrie
ou autre, possibilité de travailler alternativement
une langue étrangère seul avec un casque
ou en participant à un groupe de conversation…
Il est plus facile de mettre sur pied des projets
pédagogiques communs entre enfants de différents
niveaux et professeurs de différentes matières.
A chaque tâche qui lui est assignée,
l’élève se demande : suis-je capable
de me débrouiller seul ou ai-je besoin d’aide,
vais-je faire un travail personnel ou m’intégrer à un
groupe ? Il choisit le tempo de sa propre formation
et acquiert ainsi, en même temps que les connaissances
de base, une réelle autonomie pour se préparer à sa
vie d’adulte.
Sally
McGrane – The Wall Street Journal – 19 janvier
2012
O
solo mio !
D’après
une étude de 1957, quand plus de 70% des adultes étaient
mariés, l’immense majorité des Américains
considéraient qu’il était malsain,
immoral et névrotique de rester célibataire.
Les choses ont bien changé. Aujourd'hui, seuls
51% des adultes sont mariés et 28% des ménages
sont constitués d’une personne seule : le
nombre des Américains qui vivent seuls a doublé depuis
1960. Parmi eux, 18 millions de femmes et 14 millions
d’hommes. Le groupe d’âge de plus en plus concerné est
celui des 18-34 ans. A une époque où s’allonge
l’espérance de vie, vivre seul est la manière
pour beaucoup de gérer la transition entre
l’adolescence et l’âge adulte. Ce phénomène,
que l’on retrouve de manière à peu
près équivalente en Europe, qui se
précise désormais aussi en Chine, en
Inde et au Brésil, est sans précédent
dans l’histoire. C’est à Stockholm, en Suède,
qu’il est le plus marqué, avec 60% de célibataires.
Des travaux récents montrent qu’il s’agit
là d’un choix de vie : ayant constaté par
observation ou expérience que la vie à deux
n’était pas durable, beaucoup sont prêts à assumer
toutes les charges pour vivre seuls.
Cependant,
vivre seul est une expérience collective, du moins
dans les villes. Le grand nombre de célibataires
suscite, selon une expression du journaliste Ethan Watters,
des « tribus urbaines », réseaux sociaux
qui remplacent les familles, et ils pratiquent intensément
la drague sur Internet. Cette évolution est facilitée
par les nouvelles conditions du travail et de l’habitat.
Une culture professionnelle qui, 24 heures/24, 7 jours/7,
mêle vie professionnelle et vie privée multiplie
les chances de rencontrer des partenaires possibles. De
mariage et d’enfants, on reparlera plus tard.
Les
promoteurs immobiliers construisent dans les meilleurs
quartiers des résidences de petits appartements
de luxe proposant une foule d’équipements (depuis
la salle de billard jusqu’au solarium et au club de fitness),
qui conviennent parfaitement à tous ces jeunes célibataires
gagnant très bien leur vie. Enfin, tous les services
nécessaires sont disponibles sur Internet, en particulier,
plus besoin de faire les courses. A noter : aux Etats-Unis,
c’est ce segment de population qui investit le plus dans
l’immobilier, aussi bien à des fins locatives que
pour y habiter, renforçant ainsi son sentiment d’autonomie.
Evidemment, une minorité seulement est pour le moment
concernée, mais son influence s’étend rapidement.
Eric
Klinenberg, professeur de sociologie à l’Université de
New-York –
Extrait de : Going Solo : The Extarordinary
Rise and Surprising Appeal of Living Alone
(à paraître
le 6 février chez Penguin Press) – Fortune – daté du
6 février 2012
Une
pieuvre artificielle et autres robots mous
Pour
de nombreuses tâches que nous voulons déléguer à un
robot, un corps solide ou une forme humanoïde ne font
pas l’affaire. Les robots de première génération
ont, comme les humains, un cerveau central (le processeur)
qui commande chaque mouvement. Cela fonctionne assez bien
dans certains environnements prévisibles où il
faut réaliser des gestes répétitifs.
Mais si l’on demande à un tel robot de se déplacer
dans un labyrinthe ou de nouer des lacets, il disjonctera.
Quand
on marche par exemple, le cerveau ne commande pas le trajet
des chevilles, des genoux ou de la hanche. Il se contente
de faire varier la contracture des muscles de la jambe.
L’articulation de la hanche se balance passivement, mais
la structure du genou, les tissus dont il est composé et
les lois de la physique font le reste. La morphologie de
l’organisme effectue des calculs pour superviser ce qui
se passe et le cerveau délègue ses fonctions à cette
intelligence incarnée.
D’où l’idée
de robots de la prochaine génération, avec
des formes bien plus différentes, et une intelligence
fonctionnant autrement. Pour nos descendants la notion
même de robot humanoïde pourrait paraître
anachronique et vaniteuse.
Voici,
par exemple, la future pieuvre-robot imaginée par une équipe de chercheurs italiens. « Une
pieuvre est un animal très primaire, un mollusque
comme l’escargot, et ne devrait donc pas être très
futé. Or son comportement est d’une grande complexité »,
fait valoir Cecilia Laschi, roboticienne à l’Ecole
d’études avancées de Sant’Anna à Pise.
La
chercheuse et ses collaborateurs font l’hypothèse
que les performances de la pieuvre sont réglées
par la capacité de son corps à interagir avec
l’environnement. Son intelligence ne vient pas d’un cerveau
central puissant. Elle est inscrite dans ses tentacules.
A
partir de là, l’équipe a élaboré un
modèle mathématique qui lui a permis de construire
une tentacule artificielle unique, en silicone, grillage
et câbles, qui évolue avec grâce dans
l’eau, se déplace sur le fond, est capable de saisir
toutes sortes d’objets que les robots les plus sophistiqués
ont du mal à saisir. D’ici à deux ans, une
pieuvre artificielle à huit tentacules devrait être
au point.
Justin
Mullins – New Scientist – repris par Courrier international
– 12 janvier 2012 |