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Rencontre avec Laurent Vigroux : le métier d’astronome, du chapeau pointu à l’ordinateur 

Laurent Vigroux, astrophysicien, directeur de recherche au CEA, a dirigé l’Institut d’Astrophysique de Paris de 2005 à 2013. Il nous raconte les métamorphoses de son métier, depuis l’image d’Epinal de Camille Flammarion avec sa longue barbe, l’œil rivé sur sa lunette, regardant solitaire le ciel et les étoiles jusqu’au travail d’équipes internationales devant des écrans.

« Jadis mage ou prêtre observant le ciel à l’œil nu puis à la lunette, afin d’y lire les intentions des dieux ou d’établir des calendriers, l’astronome devient géographe et utilise les étoiles pour dessiner des cartes de navigation. Il prend goût aux voyages maritimes et se fait astronome aventurier : il va au bout du monde pour observer les éclipses et cherche à déterminer précisément la rotondité de la Terre. L’astronomie, parce qu’elle est une science d’observation, dépend des technologies. L’astronome perfectionne ses outils. De succès en succès, l’astronomie entre dans le cadre des recherches fondamentales et se fait astrophysique. »

Au XXe siècle, la discipline connaît une accélération telle que l’astronome des années 1960 a plus de points communs avec son homologue du XVIIIe siècle qu’avec celui d’aujourd’hui.

Dans les années 1970, les astrophysiciens travaillaient encore en petites équipes de un à quatre scientifiques qui, en théorie comme en observation, signaient les articles.

A la fin des années 1970, on avait déjà de grands télescopes de 4 m de diamètre. Mais on observait le ciel à l’œil nu et on fixait les images sur des plaques photographiques. Dans l’oculaire, le champ était tout petit et il n’était pas évident de viser la bonne étoile. On avait donc de grandes photos du ciel, on décalquait la position des étoiles. Chaque fois qu’on faisait tourner la lentille ou le miroir, il fallait tourner le calque, dans le froid. C’était très sportif.  Ainsi des premières observations à Meudon : on accédait par une échelle de corde à une passerelle à 10 m de hauteur ; puis il y eut un télescope à 200 m de hauteur, auquel on accédait par une cage à singes puis une passerelle dans une coupole ouverte. Le métier était très acrobatique. Cela convenait bien à Laurent Vigroux qui avait longtemps hésité entre la vocation d’alpiniste et celle d’astronome.

Puis on a équipé les viseurs de caméras et l’on a pu observer le ciel sur des caméras de télévision. Les capteurs et les ordinateurs se sont développés en parallèle. Les nouvelles caméras ont un rendement qui ne cesse de s’affiner et les photos digitalisées sont directement traitées par ordinateur. Les astrophysiciens travaillent maintenant au chaud dans une salle, et chaque publication est signée par plusieurs centaines de chercheurs. D’autre part, le métier s’est mondialisé et il y a une compétition internationale pour attirer les meilleurs professionnels.

Quand on demandait au britannique George Mallory (disparu en 1924 en gravissant l’Everest) pourquoi il était devenu alpiniste, il répondait : « Parce que les montagnes sont là. ». A la question « Pourquoi êtes-vous devenu astronome ? », Laurent Vigroux répond : « Parce que les étoiles sont là ! »

 

Pour en savoir plus : Laurent Vigroux, L’astronome, Du chapeau point à l’ordinateur (CNRS Editions – 267p, 23€)

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