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« La
compétitivité d'un pays passe par celle de ses
villes»
Alfonso
Vegara président de
la Fondacion Metropoli
Comment
les villes pourront-elles accueillir deux milliards de nouveaux
habitants dans les 25 prochaines années ? Peut-on anticiper
la croissance de ces villes, qui abritent déjà 3,3
milliards de résidents ? Dirigée par Alfonso Vegara,
la fondation Metropoli est une société de capital
intellectuel basée à Madrid, qui tente, à l'échelle
du monde, de préparer le développement durable
des métropoles et des régions urbaines de la planète
par l'échange de savoirs et de créativité.
Deux
milliards d'habitants nouveaux vont immigrer ou naître
dans les villes du monde au cours des 25 prochaines années,
spécialement dans les plus grandes. Les plus grandes villes
sont les plus prestigieuses. Il y a dans le monde plus de 500
villes de plus d'un million d'habitants. L'anonymat qui y règne
favorise l’insertion.
Plus
encore que les questions de développement durable et de
préservation de la planète, ces enjeux du développement
continu de la taille des villes sont stratégiques, tant
ils conditionnent le vivre ensemble harmonieux des générations
futures. Ce que la société espagnole qualifie de « conviviencia » depuis
des siècles et qui, en France, vous pose des problèmes
pour l'avoir oublié !
La
compétition ne se gère plus entre nations mais
entre « villes », au sens de villes-régions.
Une ville doit capter les meilleures ressources humaines
et accueillir les professionnels les plus performants à l'échelle
d'un continent ou du monde. Ce sont désormais ces professionnels
et les cellules de recherche et d'innovation qui entraînent
avec eux les activités performantes, et plus le contraire,
même si aujourd'hui encore les délocalisations fondées
sur l'exploitation de différences trop criantes de
coûts de production brouillent la vision. Les villes ont
besoin d'une grande cohérence dans l'action politique,
d’une vision à long terme élaborée avec
les différentes composantes de la société,
d’une pratique responsable des questions d'environnement, d’une
orientation vers l'innovation et en avoir l'image. Et enfin,
ces villes du XXIe siècle doivent tisser des relations
fortes de coopération avec les régions environnantes.
L'audit
urbain des villes européennes auquel vient de se
livrer l'Union européenne pointe 100 villes en déclin
sur 258 analysées. C'est à cette échelle
qu'il faut réfléchir sur l'urbanisme, sachant que
les croissances exponentielles des grandes villes accélèrent
la perte de vitesse des autres. Le déclin déjà engagé de
plus de 38 % des villes d'Europe serait vite, s'il se poursuivait,
une catastrophe pour la cohésion sociale et politique.
Il entraînerait des transferts d'immigration et de concentration
vers les très grandes villes du nord-ouest de l'Europe
qui sont déjà sous pression et une paupérisation
des régions périphériques du territoire
de l'Union européenne, qu'il faudrait alors compenser
par des politiques d'assistance, politiquement et financièrement
explosives. L'Europe est un continent de villes moyennes qui
dispose certainement du meilleur réseau d'infrastructures
au monde pour les connecter entre elles. Les villes de moyenne
importance doivent s'organiser entre voisines sous forme de réseaux
de villes structurés, permanents, gouvernés
selon le modèle polycentrique des territoires où de
larges régions fonctionnent comme de véritables
métropoles dans lesquelles chaque ville qui les compose
joue un rôle spécifique.
La
menace la plus directe est le manque de « leadership »,
de vision objective à long terme générant
des projets intéressants et visibles. Une menace plus
sournoise encore pour ces villes serait qu'elles comptent sur
les finances et la bureaucratie de l'Etat pour affronter ces
enjeux alors que celui-ci n'en a plus ni l'expertise ni le pouvoir.
Propos
recueillis par Annick Colybes – Les Echos – 11 octobre 2007
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