Prospective des populations : le mouvement…

EDITORIAUX 2006
 

Prospective des populations : le mouvement…

Certains pays se vident. La Russie, tombée à 142 millions d’habitants – dont trop souvent la durée de vie dépend de la consommation d’alcool… – ne sait que faire, en Sibérie, pour limiter l’arrivée massive de Chinois, appelés par des chefs d’entreprise et des agriculteurs russes qui recherchent du personnel désespérément.

La Lettonie, la Lituanie et l’Estonie sont déjà privées de nombreux professionnels partis pour les Iles Britanniques et la Scandinavie, que remplacent des Russes, concitoyens de ceux déjà installés dans les pays baltes qu’on s’ingéniait jusque là à faire rentrer chez eux !

La Pologne importe des plombiers (et des ingénieurs, des médecins, des techniciens…) ukrainiens et roumains et lance actuellement des campagnes de recrutement en Europe occidentale.

D’autres se remplissent. C’est particulièrement le cas de l’Irlande où se sont installés des centaines de milliers de professionnels en provenance des pays de l’Est, mais aussi d’Amérique du Nord. En Grande Bretagne, et spécialement en Ecosse, ils font littéralement revivre des métiers et des régions qui subissaient une forme d’anémie par manque d’hommes.

Le cas de l’Espagne mérite, en prospective, d’être particulièrement observé : pas d’Européens de l’Est parmi les nouveaux immigrants ; le flux des Argentins, venus massivement quand l’économie argentine allait à la dérive, s’est tari ; mais voici qu’arrivent en masse, dans des conditions impossibles, des immigrés clandestins d’Afrique. Les Espagnols ont le sentiment d’être envahis et demandent l’aide de l’Union européenne pour endiguer les arrivées clandestines (17 000 à ce jour en 2006 aux Canaries seulement). Mais par ailleurs le grand nombre des immigrants est l’une des explications de leur miracle économique. Miguel Sebastian, conseiller économique du Premier ministre, remarque que les immigrés représentent 8,8% de la population mais n’absorbent que 5,4 % des dépenses publiques.

Les paysans chinois se pressent aux portes des villes, les Mexicains font tout pour entrer aux Etats-Unis…

Il faudra s’y habituer, les populations du monde se sont mises en mouvement. Ce n’est qu’un commencement et nul ne sait, si on en juge d’après ce que leurs parcours d’aujourd’hui ont d’étonnant, ce qu’ils seront dans l’avenir. Dans les pays d’accueil, les migrations ont toujours suscité des réactions hostiles. Il en reste des traces dans des textes et des images de la Grèce ou de l’Egypte antiques. On les retrouvera à l’occasion de la prochaine élection présidentielle française.

Mais les faits sont les faits : d’après la prospective de l’ONU, l’Europe aura besoin de près de 160 millions d’immigrés d’ici à 2025. Il est urgent de les accueillir, de les intégrer, d’éviter – grâce à la diversité des origines – qu’ils constituent des groupes trop homogènes, d’en faire des acteurs de la présence de l’Europe au monde.

Mystérieusement, la crainte de l’autre s’efface lorsque celui-ci exerce un métier devenu rare. Il y a déjà longtemps, les humoristes Fernand Reynaud, puis Pierre Desproges, ont raconté l’histoire du boulanger, de l’épicier ou du boucher étranger devenu indispensable. Le Japon, traditionnellement chauvin, accepte les sumos étrangers quand ils sont meilleurs que les siens. Et, cette année, le Goncourt, le Femina, le Renaudot et le Goncourt des lycéens sont allés à des étrangers francophones.

Armand Braun

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